Quand nous étions orphelins / Ishiguro

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Shanghai, années 30 : le chaos règne, le monde court vers la guerre et il n’est pas très prudent pour un Britannique de s’aventurer hors des limites de la concession internationale. C’est dans ce décor brisé que Kazuo Ishiguro lâche Christopher Banks, […] détective anglais très en vue, plongé dans le maelström des jeux d’influence occidentale et japonaise dans une Chine démembrée. Mais son enquête, […] il la mène cette fois pour lui-même ; il veut percer le mystère de la disparition subite de ses parents en plein Shanghai alors qu’il n’était qu’un gamin.

Stéphane Lutz-Sorg, La Croix

Les premières pages éveillent l’intérêt du lecteur dans le début d’une intrigue lisible mais tout comme dans Les vestiges du jour, la temporalité de Quand nous étions orphelins est troublante.

Cette tendance de l’auteur à diluer le présent de narration pour des digressions plus ou moins longues était pourtant ici insoupçonnable dans les premiers temps. Il arrive finalement un moment où tout s’effrite et où le roman perd toute consistance. Les souvenirs sont emboîtés dans les souvenirs et la narration est comme figée, immobile, ne respirant que par saccades dans les rares instants -trop morcelés à mon avis- où l’intrigue avance réellement. On passe constamment de l’évocation d’un souvenir à un autre sous prétexte que l’événement antérieur est nécessaire à la compréhension de celui qui était évoqué, et les transitions permettant de passer de l’un à l’autre sont plutôt maladroites.

Il s’agit donc ensuite de trouver la sortie de ce labyrinthe, et ce alors même que les événements ne se succèdent ni de façon logique ni de façon chronologique . A cet égard la narration ressemble à un patchwork dont les coutures seraient apparentes.

Lorsque nous revenons finalement au présent du temps du récit, le lecteur se trouve désorienté et ne distingue plus ce qui est de l’ordre du souvenir où de l’enquête en cours, l’analyse des faits par le personnage concernant également les événements passés et ceux présents.

En ce qui concerne l’intrigue en elle-même, je dois préciser qu’au dos du livre on peut lire cette critique d’un certain Christophe Mercier du journal Le Point « Entre souvenir et enquête, entre Proust et Graham Greene » .

Pour ma part j’ai été réellement déçue sur le plan de l’enquête en question. Le personnage principal n’évoque jamais son travail de détective et ne le mentionne que lorsqu’il s’agit de se présenter comme une figure connue du gratin londonien puis de Shanghai. Aucune indication sur sa manière de procéder pour résoudre une affaire, ce qui s’avère assez frustrant au final.

Tout au long du roman Banks se sent investi d’une mission qui est d »éradiquer le mal » et dont on ne sait jamais réellement en quoi elle consiste. Le flou le plus opaque pèse sur ce qui devrait être le coeur de l’intrigue : l’enquête de Banks pour retrouver la trace de ses parents disparus. il est finalement extrêmement perturbant de constater à quel point, malgré une narration à la première personne, nous puissions en savoir si peu sur cette prétendue enquête à laquelle Banks ne consacre pratiquement aucun temps dans le roman.

Si l’on ajoute à ça un manque patent de vraisemblance qui gâche nombre de dialogues et de situations, on en arrive à la conclusion que ce roman n’a malheureusement pas (à mon avis) les moyens de ses ambitions et que l’ensemble reste trop confus.

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Les vestiges du jour / Ishiguro

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L’histoire d’un vrai butler anglais, un de ces majordomes de grande maison qui, parce qu’ils commandent aux valets de pied, gouvernantes, femmes de chambre et autres domestiques, se prennent pour une autre sorte d’aristocratie dans une société strictement hiérarchisée, qui reproduit en miroir celle des maîtres. Ishiguro prouve qu’il a réussi son examen de passage ès britannités et qu’il est un des écrivains les plus doués de sa génération.

Nicolas Zand, Le Monde

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