Etre féministe et mère : la contradiction ?

C’est au détour d’une lecture, Le conflit, la femme et la mère d’Elisabeth Badinter, que la question surgit.

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Dire fuck aux régimes avec humour et style

Chloé, l’auteur, a la vingtaine, elle est ravissante, et en passe de devenir une actrice reconnue. Entre son copain et son travail, c’est une femme tout à fait normale. Tellement normale qu’elle ne s’aime pas vraiment.

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A la télévision les hommes parlent, les femmes écoutent ! / Bihel

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La télévision, miroir du monde ? C’est souvent l’image qu’on en donne. Si c’est le cas, elle est un miroir déformant, car les femmes sont à l’écran deux fois moins nombreuses que les hommes, au mieux. Et plus encore que dans le réel, ils incarnent le pouvoir, quand elles sont reléguées au foyer, voire réduites à leur physique. Ce livre montre comment la télévision, souvent à la traine de la société, participe à établir des normes. Ses acteurs en ont enfin pris conscience. Assez pour espérer qu’elle devienne un outil vertueux ?

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Beauté fatale / Chollet

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Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle. Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par la matraque des normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente.

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King Kong Theorie / Despentes

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J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre.

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Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? / Winterson

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Etrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond en menant une existence en forme de combat. Dès l’enfance il faut lutter : contre une mère adoptive sévère, qui s’aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux ou sociaux. Et pour trouver sa voie.

Voilà un livre bien singulier à mi-chemin entre l’autobiographie et l’essai littéraire. Une forme de baume pour l’auteur qui revient sur les nombreuses blessures accumulées depuis l’enfance et dont la succession semblait ne jamais vouloir s’enrayer. Une manière pour Jeanette Winterson de prendre de la hauteur et de revenir sur les circonstances d’une enfance atypique à un moment où sa carrière d’écrivain n’a pas attendu qu’elle ait terminé sa quête d’identité pour exploser.

En 1985, alors que Winterson n’a qu’une vingtaine d’années c’est son roman Les oranges ne sont pas les seuls fruits qui la propulse vers les hautes sphères des écrivains en vogue. L’enfance difficile dans le nord industriel du Royaume Uni, dans une famille où la seule lecture autorisée est celle de la Bible semble bien loin. Et pourtant c’est déjà sur les souvenirs douloureux de sa propre enfance d’adoptée que Winterson crée l’ambiguité avec ce premier roman. Où sont les limites de ce qu’elle a réellement vécu ? Son personnage principal qui porte le même prénom qu’elle est-il elle-même ? Ces premiers pas de l’auteur dans la littérature ne sont pas sans rappeler ceux d’un certain Edouard Louis ou Eddy Bellegueule. On y retrouve les mêmes thèmes de la pauvreté, du déclassement social, de la différence, de l’homosexualité et aussi de la littérature qui sauve.

J’ai eu besoin des mots parce que les familles malheureuses sont des conspirations du silence. On ne pardonne jamais à celui qui brise l’omerta. Lui ou elle doit apprendre à se pardonner.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal est le récit d’une quête personnelle. La quête de soi par rapport à un univers extérieur contraignant qui semble étaler sous les yeux impuissants de l’auteur une voie toute tracée : celle de l’usine ou d’un travail abrutissant dans une région sinistrée, après un parcours scolaire aussi médiocre que poussif. C’est également la quête d’une identité intérieure dans un cheminement jalonné de questions, d’épisodes dépressifs, douloureux, durant lesquels les réponses manquent et les questions abondent.

Car à la source de tout, et au départ de cet essai, il y a la question de l’abandon. Sur les traces refroidies d’une mère qui l’a abandonnée après l’avoir allaitée pendant les six premières semaines de sa vie, avec pour seuls outils les informations éparses distillées par une mère adoptive sournoise et éthérée, Winterson doit lutter pour devenir elle-même. Face à la brutalité aveugle de l’administration, les secrets de famille, comment se construire sans filiation, sans amour ?

L’amour, intimement lié à la littérature et aux livres dans le développement de Winterson, constitue la trame même de l’oeuvre tout en étant le but. La littérature et la poésie, en remèdes, façonnent les phrases pour leur conférer une dimension humaine qui élève l’expérience personnelle de l’auteur au rang de l’Universel.

Cette nuit-là, les étoiles froides ont formé une constellation avec les fragments de mon esprit ravagé.

Cette lecture est la claque inattendue et brutale d’une plongée en eaux glaciales. Elle coupe le souffle et laisse pantois. La beauté des mots, la limpidité et la franchise avec lesquelles s’exprime une auteur face à elle-même alors qu’il ne reste plus rien, tout confine au sublime dans cette oeuvre.

The feminine mystique / Friedan

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The feminine mystique est un essai rédigé dans les années 60 par Betty Friedan, une journaliste américaine qui devait par cette oeuvre participer au renouveau du mouvement féministe aux Etats-Unis à partir des années 60.

En tant que journaliste, Friedan mène dès 1957 une enquête auprès d’étudiants diplômés depuis plusieurs années afin de conduire une étude sur leur emploi et leur satisfaction générale.

C’est alors qu’elle met le doigt sur ce qu’elle appellera plus tard « le problème sans nom ». Parmi les nombreuses personnes qu’elle interroge, le cas des femmes attire son attention. Nombre d’entre elles ont suivi des études à l’université mais très peu exercent un métier en rapport avec leurs diplômes. Pire, elles sont nombreuses à ne pas avoir obtenu de diplôme à cause d’un arrêt brutal de leurs études. Ces femmes sont toutes mères au foyer, voilà leur métier, et pourtant il n’existe aucune case sur aucun formulaire pour leur permettre de le revendiquer comme tel. Elles ont abandonné leurs études, n’ont d’ailleurs jamais été encouragées à en faire pour une autre raison que celle de trouver un mari, et n’aspirent qu’à enfanter afin d’incarner ce modèle de femme épanouie, souriante et toujours dévouée à sa famille que l’on voit sur les publicités pour électroménager de l’époque.

Ce que Betty Friedan découvre dépasse le simple cadre de son enquête et le nombre de lettres qu’elle reçoit de femmes vivant la même chose ne fait qu’augmenter alors que la journaliste s’intéresse à ces oubliées pour parler de leur sort dans ses articles.

Elle découvre le mal-être de ces femmes insatisfaites, dépressives, malheureuses, qui en viennent à détester leurs enfants, aigries par des corvées ménagères dont la récurrence inlassablement quotidienne les use nerveusement. Ces femmes n’ont pas de passion, pas de métier, peu d’éducation, elles n’ont que leurs enfants et leurs maris, ceux là mêmes qui mènent leur vie palpitante loin d’elles dans leur école ou à leur travail. Toute la journée ces femmes organisent la construction d’un modèle de femme parfaite, prévenante et aux petits soins pour les siens.

Mais comment ces femmes peuvent-elles désirer cette condition alors que leurs propres mères ont combattu pour les droits des femmes ?

C’est en effet le rêve de toutes les adolescentes de trouver un mari réussissant professionnellement, d’avoir un pavillon à soi, équipé de beaux objets modernes, et de construire une famille qui leur apportera le bonheur et le sentiment d’avoir réussi leur vies en tant que mères.

Les réponses qu’apportent Friedan pour expliquer ce paradoxe s’attachent à décrire le fonctionnement général d’une société qui a établi comme un fait la prééminence de l’homme sur la femme. Cette dernière, réduite à sa destinée biologique de procréatrice n’a pas vocation à réclamer des prérogatives masculines. Le travail, l’argent qu’il permet de gagner, l’extérieur (collègues, occupations, loisirs etc) sont des attributs masculins que la femme est découragée par tous de réclamer pour elle.

Elle veut faire des études ? Très bien, mais elle doit se trouver un mari à l’université.

Elle veut travailler ? Très bien, mais aucun homme ne voudra d’elle. Personne ne voudrait d’une de ces femmes ambitieuses, masculines et rebutantes que l’on dépeint dans les magazines.

Elle veut gagner sa vie ? Mais pourquoi faire alors qu’un homme le ferait mieux qu’elle ? Alors que la seule carrière valable pour une femme est celle de mère ?

C’est au final tout un travail de sape de l’ambition féminine qui s’organise à tous les niveaux de la société : famille, magazines, scientifiques, entreprises. Ces dernières ont en effet tout intérêt à voir les femmes rester à la maison, et elles exploitent d’ailleurs sans vergogne les recoins de la psychologie de la femme au foyer. Un chapitre entier est ainsi consacré à ces marques d’électroménager qui jouent sur l’affect d’une mère en lui montrant comment ses enfants seront plus heureux et son mari plus fier d’elle quand elle fera son pain elle-même et son repassage avec la marque X. Les femmes au foyer n’identifient par la source de leur insatisfaction et leur surconsommation de nouveautés en est l’illustration : elles compensent.

Cet essai réussit formidablement bien à monter ce qu’il y a de sournois et de tragique dans la destinée de ces femmes dont le sentiment de vide ne fait que s’accentuer au fur et à mesure que les journées se répètent, identiques, inlassablement, sans attente ni perspectives d’avenir. Il y a celles qui font des enfants à la chaine pour n’être jamais seules, celles qui maltraitent leurs enfants par vengeance, celles qui se suicident ou s’enfuient…

Chacune est isolée dans son pavillon de banlieue, entourée de gadgets qui ne font qu’allonger le temps qu’elle passe à vouloir tout faire de ses mains, persuadée qu’elle a tout pour être heureuse et ne comprend pas pourquoi elle ne l’est pas.

Cet essai est un monument du mouvement féministe des années 60 aux Etats-Unis pour l’éclairage qu’il apporte sur l’abandon dont les femmes sont victimes de la part de la société. C’est au-delà de ça un témoignage poignant et d’une limpidité incroyable sur toute la construction sociale d’un pays dont nous continuons de vénérer le modèle et les réussites. En oubliant parfois les revers de la médaille.