Dire fuck aux régimes avec humour et style

Chloé, l’auteur, a la vingtaine, elle est ravissante, et en passe de devenir une actrice reconnue. Entre son copain et son travail, c’est une femme tout à fait normale. Tellement normale qu’elle ne s’aime pas vraiment.

Continuer la lecture de Dire fuck aux régimes avec humour et style

The Life and Times of the Thunderbolt Kid / Bryson

bryson

 

Souvenez-vous, Bill Bryson, cet énergumène qui après avoir passé plusieurs décennies au Royaume-Uni décide de retourner au pays pour nous abreuver de ses petites chroniques humoristiques sur la vie aux Etats-Unis. Bill Bryson qui m’avait également fait mourir de rire avec ses attitudes chétives et ses transports d’épicurien parti à l’aventure en Australie.

Continuer la lecture de The Life and Times of the Thunderbolt Kid / Bryson

Les mots qu'on ne me dit pas / Poulain

poulain

« Salut, bande d’enculés ! » C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison. Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds. Je vais leur prouver que je dis vrai. « Salut, bande d’enculés ! » Et ma mère vient m’embrasser tendrement.

Continuer la lecture de Les mots qu'on ne me dit pas / Poulain

Merci pour ce moment / Trierweiler

1579814-valerie-trierweiler-merci-pour-ce-950x0-1

 

Quand le scandale a éclaté et que la nouvelle de la sortie de ce livre s’est répandue, j’ai tout de suite su que je l’achèterais. Pourtant je suis peu friande des sorties récentes et encore moins de la rentrée littéraire.

Alors que les politiques prenaient position en affirmant ne jamais s’abaisser à le lire, je me suis plongée dans la lecture du livre de Valérie Trierweiler comme on feuillette fébrilement un magazine people. Me sentant faible et misérable tout en me demandant si la littérature n’est pas en soi un trou de serrure par lequel le lecteur prend plaisir à épier d’autres individus.

Continuer la lecture de Merci pour ce moment / Trierweiler

Histoire d'un Allemand de l'Est / Leo

est

Maxim Leo, une vingtaine d’années lors de la chute du mur de Berlin, a grandi en RDA. S’il a, a priori,  peu de raisons de rêver à l’Ouest, qu’on lui présente à l’école comme le paradis des fascistes et du capitalisme le plus abject, ses parents eux, ne sont pas des purs produits de la République Démocratique Allemande.

En réalité, c’est le lourd héritage d’une famille qui a traversé le début du vingtième siècle que Maxim Leo porte. Son histoire personnelle est également celle de cette famille qui a vécu le nazisme, la guerre, les camps et le communisme. En explorant les parcours individuels de ses parents, grands-parents et parfois arrières grands-parents, Leo se réapproprie sa propre vie et tente de donner sens à son propre parcours.

Or, on peut dire qu’il s’en est passé des choses dans sa famille.

Pour commencer il faut dissocier la branche maternelle de la branche paternelle : elles suivent à elles-seules des itinéraires pratiquement incompatibles. Avec son grand-père maternel Leo explore les thèmes de l’exil, de la résistance en France. Le danger mais aussi les coïncidences les plus heureuses jalonnent ce parcours irréel. Gerhard a fui l’Allemagne nazie avant que ses origines juives ne fassent de lui une cible du régime nazi. abandonnant tout il trouve, avec ses parents, refuge en France où il s’engage après l’armistice de 40 dans la résistance. Elle marquera son passage de l’enfance à l’âge adulte.

Avec son grand-père maternel, l’auteur navigue dans les eaux plus sombres du nazisme. Werner est un jeune homme qui vit ses meilleures années sous un régime qui se nourrit de la crise économique qui secoue le pays et s’attire la bienveillance du peuple en créant des emplois, améliorant la vie des allemands… Par ailleurs, la guerre ne touche que tardivement l’Allemagne sur son propre territoire. Ce n’est que durant les dernières années du conflit que Werner affronte réellement sa réalité. Finies les escapades au ski ou au bord de la mer. Finie la vie tranquille et les multiples opportunités que le nazisme offrait à Werner. S’ensuivent alors la mobilisation, la captivité en France durant de longues années, et finalement un retour « chez soi » aussi improbable que subit.

Hitler a relevé les petits, rapetissé les grands. Gerhard, le fils de grands bourgeois, a dû quitter le pays; Werner, le fils d’ouvrier, peut quant à lui profiter de la douceur de vivre.

Toujours, cette question du retour, du sentiment d’appartenance à un pays est posée. Comment se sentir chez soi dans un pays qui s’est illustré par sa foi en le national-socialisme (surtout après que l’horreur des méfaits commis par les nazis a explosé au grand jour) ? Comment peut-on parler de retour quand ce qu’on l’on retrouve est un autre pays qui tente de liquider les traces de sa culpabilité ?

Car il serait utopique de croire qu’après la guerre tous les nazis ont disparu. Bien au contraire, l’histoire de la famille de Leo est la petite histoire qui illustre à échelle réduite la grande Histoire. Celle de milliers de partisans, de fonctionnaires de l’énorme machine nazie qui retrouvent une place, sous de nouvelles identités, dans de nouvelles administrations cruellement en recherche de compétences.

La RDA est l’histoire d’un rêve, celui d’un pays duquel les fascistes sont officiellement bannis, en lisière du mur qui sépare bientôt Berlin en deux. Car voila ce que l’idéologie du Parti défend : le mur n’est qu’un rempart contre les fascistes et les capitalistes, tous dangereux, et tous envieux de la paix et de l’égalité qui règnent en RDA. C’est par le recours à des raccourcis qu’on élude les questions des petits curieux que ne se satisfont pas des réponses qu’on leur fait pourtant apprendre à la télévision, à l’école et dans les journaux, tous censurés et alignés sur le discours officiel, autrement dit, la propagande du Parti.

La république a des allures de monde Orwellien où les murs ont des oreilles et des yeux. Où dans les réunions clandestines six personnes sur dix sont des espions de la Stasi. Où vos collègues vous espionnent et rédigent des rapports interminables que vous lirez quelques années plus tard, probablement avec horreur, dans les dossiers de la Stasi rendus publics. Vous ne savez jamais vraiment où se situe la limite et vous frôlez la prison sans même le savoir, par des actes bénins.

Et pourtant, la RDA est aussi ce lieu à l’abri des événements récents, où ceux qui avaient perdu leur patrie (exil, condamnation des années du national-socialisme…) ont retrouvé une société dans laquelle s’investir. une société bercée d’idéaux nobles qui, au tournant de la seconde guerre mondiale, procurent de l’espoir et de l’optimisme nécessaires à la reconstruction, du pays.

La journée de sa libération a sans doute été pour Gerhard une seconde naissance. Le parti devient pour lui une sorte de communauté de destins, une famille qui, même des décennies plus tard, aura pour lui plus d’importance que tout le reste. Il lui consacre la vie qui lui a été offerte, et aucun doute ne sera jamais aussi fort que la reconnaissance et la joie qu’il a ressenties ce jour-là à la gare d’Allassac. D’autres sont devenus communistes parce qu’ils se sentaient attirés par l’univers intellectuel de ce parti. Pour Gerhard, c’est une affaire de vécu, de sentiment, d’amitié.

C’est au communisme, au parti, à leur patrie, que les parents de Maxim Leo donnent les meilleures années de leur vie. Son père artiste et sa mère journaliste puis historienne sont constamment tiraillés entre ces idéaux pour lesquels ils se donnent corps et âme d’un côté, et leur sens critique de l’autre. Eux qui ont fait de la RDA leur patrie pratiquement par hasard (ils s’y trouvaient au moment où le pays s’est fermé comme une huître), oscillent entre le bonheur que leur procure leur implication dans un modèle qu’ils croient juste, et la terreur que leur inspire un régime aussi peu démocratique et libertaire.

Pour ces personnes qui ont tout donné pour la réussite et la concrétisation des idéaux communistes, la chute du mur, la brutale disparition de la RDA sont l’effondrement de toute une vie. Tout à coup le pays n’existe même plus, soudain englouti par l’Allemagne de l’Ouest dont les habitants ne peuvent pas comprendre ce qu’ont vécu ceux de l’Est.

Entre préjugés, confusion, joie et peur s’improvisera alors la nouvelle Allemagne, celle que les gens de ma génération ont toujours connue.

Ce livre est un brillant témoignage sur l’histoire d’une Allemagne que le vingtième siècle a dotée d’une identité multiple, mouvante et difficile à appréhender, et où tout n’est ni tout blanc ni tout noir, et où les grands-pères sont des tombeaux dont il faut extraire les secrets avant qu’ils ne s’éteignent.

Lire Lolita à Téhéran / Nafisi

lire lolita

Après avoir démissionné de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni pendant deux ans, dans l’intimité de son salon, sept étudiantes pour y lire Nabokov, Fitzgerald, Austen…Ce livre magnifique est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran. La démonstration magistrale que l’imagination bâtit la liberté.

Continuer la lecture de Lire Lolita à Téhéran / Nafisi

Journal de la création / Huston

huston

Aux hommes la création, aux femmes la procréation? Aux hommes les romans et aux femmes les enfants? Aux hommes l’esprit et aux femmes le corps? Cette vieille distribution des rôles, après avoir beaucoup tué (les élans corporels des hommes comme les aspirations artistiques des femmes), est en train de mourir à son tour. Mais les soubresauts sont violents: ils se lisent, notamment, dans la vie des couples d’écrivains qui, depuis un siècle, ont tenté de trouver des manières neuves d’articuler le corps et ses productions, mortelles ou immortelles. Histoires célèbres, comme celles de Scott et Zelda Fitzgerald, Sand et Musset, Sartre et Beauvoir; moins connues ou méconnues, celles de Hans Bellmer et Unica Zürn, Georges Bataille et Laure Peignot, Sylvia Plath et Ted Hughes, Virginia et Léonard Woolf. Histoires où rôdent maladie, malheur, folle, suicide.

Continuer la lecture de Journal de la création / Huston