Tendre est la nuit / Fitzgerald

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Dick et Nicole Diver , des américains expatriés en Europe, forment un couple parfait. Il est charmeur, brillant, attire tous les regards et toutes les sympathies, il est l’étoile autour de laquelle gravite leur univers. Nicole est superbe, immensément riche et très distinguée.

Ensemble ils connaissent le succès en achetant une plage et un hôtel sur la Riviera dont la fréquentation se démocratise, alors qu’ils font partie des premiers à voir dans le sud de la France une destination rêvée pour l’été, à contre-courant des pratiques  de la  bourgeoisie du début du XXe siècle.

La première partie du roman est consacrée à l’endroit du décor -soleil, plage, compatriotes américains en villégiature, loisirs, insouciance- vu à travers les yeux de Rosemary, jeune actrice américaine en vogue. Celle-ci projette sa naïveté et sa jeunesse sur le premier livre qui nous ouvre les portes d’un monde rêvé peuplé d’individus extraordinaires. Entre les fêtes, les sorties, les longues siestes à la plage, le début du roman est lumineux à l’extrême, presque éblouissant.

L’exploration de l’envers du décor ne commence qu’au livre deux. Vaste retour en arrière ou le narrateur retrace la genèse du couple mythique que forment Dick et sa femme, dans des décors et des circonstances bien moins glorieuses. Le chemin narratif qui doit nous mener jusqu’au moment où débute le roman s’annonce long et c’est par une pirouette de style géniale que l’auteur s’extirpe de cette démarche fastidieuse. C’est à travers la vision de Nicole, atteinte d’une maladie mentale aux rechutes fréquentes, qu’il s’affranchit du reste de l’histoire (le mariage, les enfants) par des paragraphes courts, sans cohérence apparente. Le lecteur regarde à travers le brouillard de la pensée de Nicole, mise malgré elle à l’écart du monde.

S’ensuit pour eux deux une longue et lente déchéance qui doit achever d’éparpiller leurs rêves et de laisser mourir la passion dans la plus pure expression de ce qu’a été la lost generation : une génération en quête d’aventures, d’amour, de fêtes et d’ivresse qui n’a trouvé que l’ennui et la tristesse.

J’ai trouvé ce roman d’une tristesse infinie dans ce qu’il nous dit sur le caractère éphémère des choses et des êtres qui comptent pourtant le plus. J’ai trouvé désolante cette lente évolution inéluctable qui nous change années après années et nous conduit aux antipodes de ce que nous croyions devoir vivre. Le tout baigne dans une sorte de désenchantement mélancolique et las que rien ne parvient à dissimuler, pas même le faste doré dans lequel les personnages vivent.

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