Villa avec piscine / Koch

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Médecin réputé mais amer d’une banlieue chic d’Amsterdam, Marc Schlosser est convoqué par le Conseil de l’Ordre à la suite du décès d’un patient : l’acteur star, et ami, Ralph Meier, avec qui la famille Schlosser venait de passer les vacances. Tout l’accable, et la veuve, Judith, est tenace. Erreur médicale ? Meurtre ? Que s’est-il passé cet été-là, dans la villa avec piscine ?

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Quand les colombes disparurent / Sofi Oksanen

La semaine dernière je trouvais avec joie dans ma boîte aux lettres le dernier roman de Sofi Oksanen gagné sur le site MyBoox et envoyé par leur gentil community manager.

Tout à ma découverte je me suis empressée de le dévorer pour vous en livrer le contenu dans cet article.

Concernant Sofi Oksanen je dois avouer que je ne la connaissais pas du tout, n’en avais même jamais entendu parler. A celles et ceux qui seraient dans cette situation, je vous retranscrit le petit paragraphe qui lui est consacré en quatrième de couverture :

Sofi Oksanen est née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre une figure incontournable de la scène littéraire finlandaise. Purge a marqué la consécration de l’auteur, qui a reçu en 2010 plusieurs prix littéraires en France dont le Fémina étranger.

J’ai beau m’être lancée dans ce livre comme dans le premier train qui passe, il s’est quand même trouvé que la toile de fond était pratiquement la même que dans Eichmann à Jérusalem : le régime nazi du troisième reich.

Ce thème, lié à celui du communisme, atteint dans le roman une portée hautement tragique qui confine au théâtral dans une Estonie malmenée par les aléas de l’histoire.

Le théâtre change de décor, tour à tour communiste puis allemand, puis de nouveau communiste pour épouser les exigences de la nation ou de l’idéologie conquérante du moment.

Dans ce théâtre, des personnages dépassés par le poids de l’histoire qui se fait cherchent leur chemin et prennent des voies qui les séparent. Quittant le calme labeur de la vie à la campagne chacun choisit sa voie. Roland refusait la mainmise des communistes, il refuse aussi celle des Allemands sur le pays. Son cousin lui, est un arriviste. Edgar veut réussir, quel que soit son maître, quelles que soient les postures qu’il doit adopter. La fin justifie les moyens. (Ce personnage serait d’ailleurs directement inspiré d’Edgar Meos dont vous trouverez la brève histoire ici). Juudit, la femme d’Edgar tombe amoureuse d’un allemand et veut croire que la vie continuera toujours avec ses privilèges, que l’Allemagne ne sera jamais vaincue…

C’est une rhétorique poignante que l’on trouve dans ce roman. Celle qui nous parle des décisions d’une vie. De ces choix faits plus ou moins volontairement et que l’on porte ensuite au fond de soi jusqu’à la fin, comme on porte le souvenir des choses et des êtres qui ne sont plus dans un pays en guerre, que communistes et nazis s’octroient. Le joug moral s’ajoute au joug des régimes qui se succèdent. Fallait-il collaborer pour s’assurer une existence confortable ou fallait-il se révolter, au risque de tout perdre, jusqu’à la vie ?

L’écriture est aride, un peu comme chez Kundera. L’écriture grise et triste qui convient aux rigueurs de la guerre et du communisme. Une écriture parfois opaque, qui ne se laisse pas déchiffrer avec toutes ses références en allemand, ses transitions mal négociées et son labyrinthe des relations familiales.

Pour ma part j’ai eu beaucoup de mal au départ à suivre cette narration un peu fragmentaire et rêche. J’ai mis du temps avant d’accrocher à l’intrigue mais je ne regrette pas d’avoir persévéré. Pour l’éclairage qu’il nous apporte sur cette période et sur l’Estonie, que nous connaissons si peu, ce roman est à lire.

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La théorie des cordes / Somoza

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Au risque de vous révéler ma nature secrète de râleuse invétérée, il y a quelques points que je souhaiterais aborder concernant ce roman et dont je n’ai trouvé trace nulle part dans les critiques que l’on peut trouver sur internet.

La quatrième de couverture déjà :

Isolée sur un atoll de l’océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale œuvre à un ambitieux projet fondé sur la théorie des cordes, qui permettrait d’ouvrir le temps. S’ils parviennent avec ravissement à contempler le passé de l’humanité, les scientifiques perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques. Un drame conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers. Dix ans plus tard, Elisa Robledo, brillante physicienne d’une université de Madrid, se sent en danger de mort. Avec ses anciens acolytes, elle retourne aux origines de la tragédie, sur cet îlot où ils avaient profané le temps. Intensité, profondeur, puissance narrative : José Carlos Somoza porte les énigmes de la physique au cœur d’un roman dont l’efficacité fait frémir.

Comme de nombreuses autres quatrièmes de couverture celle-ci nous laisse imaginer une temporalité du récit totalement différente. Résultat, quand je commence à lire je constate que l’intrigue commence bien en avance de ce que décrit le résumé. Ce qui est évoqué dans la quatrième de couverture correspond au dernier tiers du roman. A ce stade là il ne s’agit plus seulement de donner envie de lire le livre, mais on dirait la bande-annonce d’un film creux : tout est dedans.

La traduction : extrêmement décevante dans la version française. J’ai relevé de nombreuses erreurs dans les pronoms masculins/féminins, des fautes d’accord, des incohérences et des tournures vraiment vilaines. Ce qui n’est pas pour simplifier le style parfois un peu fouillis de l’auteur. Sa tendance à sauter d’un personnage à l’autre, commençant les chapitres par un ‘il » ou « elle » très vague n’est pas passée inaperçue…

La pauvreté de l’écriture ensuite. J’ai été réellement déçue par le style de l’auteur. Son intrigue si élaborée, si délicate et stupéfiante aurait grandement mérité un style plus fin. On retrouve des comparaisons ou métaphores un peu bateau. Les personnages sont introduits sans grâce, en bloc avec leur CV et leurs expériences marquantes. Heureusement que nous sommes vite rattrapés par le rythme haletant du roman.

Les ficelles utilisées pour la construction du suspens sont parfois trop grosses. J’ai failli exploser de stress au début du roman quand a toutes les fins de paragraphe on peut lire quelque chose comme « c’est là que tout arriva » ou « cela se produisit alors » ou « elle croyait alors être au paradis. Plus tard elle y repenserait comme l’enfer » etc…Toutes ces charmantes phrases nous coupent dans notre élan et excitent encore plus notre désir de  savoir enfin ce qu’il se passe. Elles sont bien sur suivies d’un retour à la ligne, comme il se doit, afin de bien mettre en valeur le point culminant de la tension. Une fois que le mystère est levé sur le procédé employé ne demeure que l’irritation de se faire manipuler si grossièrement.

La dernière chose qui m’a mise réellement mal à l’aise est cette libido débordante de l’auteur que l’on perçoit presque toujours dans les descriptions des personnages féminins. J’ai eu cette désagréable impression que l’auteur se faisait plaisir en habillant ses personnages au gré de ses fantasmes personnels. On retrouve très souvent l’expression « très sexy », que je trouve déjà bien triste sur le plan littéraire mais surtout inutile pour l’imagination de la lectrice. Je suppose qu’auprès des lecteurs hommes cela comporte son petit charme : qui n’est pas séduit par l’image d’une belle femme, intelligente de surcroît, qui au moment le plus critique du roman trouve encore le moyen de s’exhiber à « moitié nue », tout en résolvant des problèmes de physique ? Sans compter que je ne vois pas bien ce qu’apporte au roman le fait que le personnage principal -la même femme intelligente et sublime- aime se masturber en regardant des films pornos. Je reste perplexe.

Au delà des critiques je dois cependant reconnaître en toute franchise que je n’ai pas lâché le livre du week-end et que la qualité de l’intrigue proposée y est pour beaucoup. Le fait d’avoir exploité un domaine a priori aussi difficile d’accès que la physique des cordes permet de nombreux rebondissements (et de nombreuses frayeurs). La construction du roman est très aboutie; elle s’appuie sur des temporalités différentes qui s’entremêlent constamment. Sans compter que la réflexion que propose l’auteur sur notre capacité croissante à décortiquer le monde dans ses moindres secrets pose de gros problèmes éthiques, auxquels nous ne sommes parfois confrontés que dans la tragédie, comme c’est le cas ici.

La plaisanterie / Kundera

Comment les personnages -ainsi que le lecteur- sont-ils amenés à cheminer vers le renoncement dans La plaisanterie de Kundera ?

I.La chute, la rupture passé/présent

Le roman met en scène des personnages qui se racontent individuellement mais aussi les uns les autres. Tous naviguent entre le flot de la mémoire, des souvenirs et de la réalité, du présent, des choses qui arrivent. Aucun d’entre eux ne peut s’empêcher de regarder le présent, sa texture et sa qualité à l’aune de ce qu’il a été, de ce qu’il n’est plus. les narrateurs effectuent chacun leur tour ce constant aller-retour entre le mythe de la vie passée et le présent, sorte de chute, de déliquescence.

1.Héléna et Jaroslav

Dans chacun de ces deux cas on sent l’abîme qui sépare le passé ,vécu comme le temps des illusions (en ce qui concerne la vie amoureuse et le mariage entre autres), et le présent, vécu comme le moment où s’est révélée la supercherie, où tout apparaît clair dans la lumière crue; lorsqu’il n’y a plus ni illusion ni espoir.

3.Ludvik

Le cas de Ludvik est assez symbolique et illustre plus en détails ce qui arrive à tous les personnages du roman.

Ce qui arrive à Ludvik est sorte de péché originel qui l’expulse du paradis pour le jeter dans le monde réel. Mis au ban de l’illusion communiste, à laquelle il a pourtant contribué avec ferveur, pour avoir fait une mauvaise plaisanterie (thème qui hante le roman et le rythme), il est projeté de l’autre côté des idéaux pleins d’espoir et de bonne volonté. Il est remisé avec les ennemis du communisme, il est surveillé et parqué dans un camp de redressement militaire.

C’est cette chute, cette rupture, qui conditionne tout ce qui reste de sa vie, l’emprisonnant, lui et sa mémoire dans une perpétuelle dichotomie passé/présent qui marque une profonde rupture et un décalage insoluble entre les deux. Son passé est mort, il ne lui appartient plus; le présent n’est pas non plus suite logique du passé et dès lors Ludvik flotte dans une sorte de no man’s land, dans une version de sa vie et de son histoire qui ne lui appartiennent pas, qui ne sont pas de son fait.

II.L’impossibilité du retour

De cette opposition passé/présent vécue par chacun des personnage nait l’idée que d’une manière ou d’une autre les faits peuvent être changés, le passé peut être vécu encore et le présent reprendre son sens maintenant qu’il entre en cohérence avec le passé. Cela passe par des mécanismes différents.

1.La nostalgie

Le roman fait une grande place au folklore Morave et Tchécoslovaque, détaillant réflexions à propos de la musique traditionnelle, de l’évolution des coutumes dans le temps, questionnant aussi la pérennité de telles traditions dans un monde désespérément tourné vers la nouveauté.

Le personnage de Jaroslav incarne parfaitement le rôle du nostalgique rêveur, coincé dans un monde imaginaire peuplé de contes et de légendes folkloriques. Son attachement à la tradition traduit cette crispation autour du passé qui n’est plus mais que l’on tente de faire perdurer dans le présent. Par cet enracinement forcené dans le passé on voit une tentative d’endiguer le cours du présent.

2.La vengeance

La vengeance elle aussi se veut dans le roman le moyen rêvé de modifier le passé, de réparer ce qui a été fait. Elle constitue l’illusion principale par laquelle Ludvik fantasme de pouvoir un jour inverser le cours de sa vie. Illusion qui doit être démentie puisque Ludvik lui-même fait l’expérience (assez pathétique et triste quoique profondément humaine et honnête) de l’impossibilité de la vengeance. Là où le personnage croyait rétablir un ordre initial, il réalise qu’il n’y a pas d’ordre et que tout n’est que changement. Dans le présent les choses ne sont plus les mêmes que dans le passé, les individus ont changé eux aussi et la vengeance n’a plus de sens, elle ne renvoie à rien de réel.

3.La fatalité du temps qui passe

Le temps passe, aliénant et délitant irrémédiablement les souvenirs même les plus chers. La place est faite au présent qui n’arrive plus à recoller les morceaux du souvenir.

III.La découverte de la liberté

1.Le passé est mort

C’est la découverte fondamentale que fait Ludvik. toutes les composantes du passé ont changé, le passé n’est plus.

2.Réaffirmation du présent comme seule réalité

On remarque l’attention toute particulière portée à la musique. On relève de nombreuses descriptions ancrées dans les détails qui touchent à la sensibilité de l’instant.

Le présent renaît après la mort symbolique des personnages-clef du roman:

-Jaroslav meurt de la trahison de sa femme et de son fils

-Ludvik meurt alors que ses espoirs de vengeance s’écroulent, rendant plus que réelles les épreuves qu’il a vécues et sur lesquelles il ne peut plus revenir. Ni explication ni pardon, tout s’écroule.

-Héléna meurt symboliquement après avoir essayé de se suicider avec ce qu’elle ne sait pas être de simples pilules laxatives.

-Zemanek meurt parce qu’il n’est plus le même, il n’est plus celui qu’a connu Ludvik, celui qui l’a trompé et rompu.

3.Le renoncement final des personnages

Tous sont amenés à accepter des réalités qu’ils réfutaient au départ. Lâchant prise, ils acceptent finalement de changer et de laisser les choses suivre leur cours. C’est dans ce renoncement à eux-mêmes qu’ils trouvent tous la liberté d’exister hors du passé.