La nuit des temps / Barjavel

Image

Dans l’immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé du relief sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace…Que vont découvrir les savants et les techniciens venus du monde entier qui creusent la glace à la rencontre du mystère?

Continuer la lecture de La nuit des temps / Barjavel

Le voyageur imprudent / Barjavel

Image

C’est le fantastique rêve du voyage dans le temps qu’explore Barjavel dans ce second roman, 48 ans après La machine à explorer le temps de H.G Wells.

On retrouve sans surprise dans ce roman des éléments déjà présents dans Ravage. La dichotomie hommes/femmes est ici encore très forte et cantonne les personnages à des réactions et des modes de fonctionnement presque schématiques. D’un côté l’homme, force d’ingéniosité, d’intelligence, qui conduit des recherches et part ambitieusement à l’assaut des mystères de l’univers. Le personnage d’Essaillon, le scientifique qui met au point le voyage dans le temps en est l’archétype.

Le pendant de l’homme extraverti est la femme à laquelle sont invariablement rattachées toutes les évocations de la nature, du monde végétal. Le personnage d’Annette est un personnage silencieux, à peine éduqué, perpétuellement dans le sillage de son père. Elle n’a aucune notion du bien ou du mal, est la simplicité même et l’auteur se permet ainsi de couver son mythe chéri de la femme qui, telle Ève, ne serait pas pervertie par la société.

On retrouve d’ailleurs cet idéal dans Ravage où, François qui était délaissé par sa belle (nommée Blanche !) au profit d’un plus riche et plus moderne que lui finit par remettre la femme à sa place : au rang de celle qui est choisie (mais ne choisit pas), enfante, seconde l’homme dans sa tache ardue de mâle dominant.

On se délecte de quelques petits passages bien explicites laissés comme autant de provocations par l’auteur :

Déjà de notre temps la tête était bien la partie de leurs corps dont les femmes avaient le moins besoin pour vivre !

Mise à part cette tendance agaçante de Barjavel, dont j’aurais bien envie de rire si elle ne persistait chez quelques misogynes patentés encore aujourd’hui, Le voyageur imprudent est un roman extraordinairement complet dans son genre.

Il ne se contente pas de faire la part belle à des rêveries naïves mais évoque des questions cruciales qui se posent nécessairement lorsque la science va si loin.

La notion d’éthique n’est pas abordée séparément du reste mais constitue la trame solide du roman : jusqu’où le scientifique a t-il le droit d’aller au nom de la science ?

Essaillon, archétype du scientifique exalté a ces mots :

Nous autres, savants, ne devons pas montrer trop de sensiblerie. Qu’est-ce que la mort de quelques milliers d’hommes, quand on travaille au bonheur de l’humanité entière ?

Par ailleurs le roman aborde de nombreux aspects relatifs aux possibilités offertes par le voyage temporel : enrichissement personnel, modification de l’histoire, méthodes pour déjouer la mort, projection dans l’avenir de l’humanité etc…

Barjavel fait d’ailleurs un lien direct avec son précédent roman : Ravage. L’avenir tel qu’il le décrit en 2052 dans Ravage est repris dans Le voyageur imprudent lorsque Saint-Menoux explore le futur en partant de l’année 1942. Il nous ressert la théorie qui avait servi de postulat à l’effondrement de l’humanité dans son roman précédent : la fin de l’électricité.

Mais qu’aurait été un roman d’anticipation sans la figure imposée qui consiste à imaginer l’avenir de l’homme à très long terme (ici cent mille ans) ?

Barjavel s’y colle et nous propose une vision extrêmement pessimiste qui heureusement n’est pas envisagée comme une amélioration pour notre espèce. Il nous propose plutôt une vision déroutante mais compréhensible (plausible ?) qui laisse notre héros pantois et lui fait préférer la présence de sa belle (niaise et muette).

Mu par l’ambition et l’avidité que ne manque pas de susciter l’acquisition de tels pouvoirs, Saint-Menoux s’en va dévaliser le passé, allant jusqu’à commettre l’irréparable…

Le rythme est haletant et soutenu, le contenu dense, alternant passages de pure anticipation avec des épisodes plus réalistes. Des pointes d’horreur et de réalisme nous soulèvent le cœur, nous horrifient, nous poussent à devenir des voyeurs et à aimer cela.

Barjavel était peut-être un gros misogyne mais il connaissait son art. A mettre entre toutes les mains !