La théorie des cordes / Somoza

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Au risque de vous révéler ma nature secrète de râleuse invétérée, il y a quelques points que je souhaiterais aborder concernant ce roman et dont je n’ai trouvé trace nulle part dans les critiques que l’on peut trouver sur internet.

La quatrième de couverture déjà :

Isolée sur un atoll de l’océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale œuvre à un ambitieux projet fondé sur la théorie des cordes, qui permettrait d’ouvrir le temps. S’ils parviennent avec ravissement à contempler le passé de l’humanité, les scientifiques perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques. Un drame conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers. Dix ans plus tard, Elisa Robledo, brillante physicienne d’une université de Madrid, se sent en danger de mort. Avec ses anciens acolytes, elle retourne aux origines de la tragédie, sur cet îlot où ils avaient profané le temps. Intensité, profondeur, puissance narrative : José Carlos Somoza porte les énigmes de la physique au cœur d’un roman dont l’efficacité fait frémir.

Comme de nombreuses autres quatrièmes de couverture celle-ci nous laisse imaginer une temporalité du récit totalement différente. Résultat, quand je commence à lire je constate que l’intrigue commence bien en avance de ce que décrit le résumé. Ce qui est évoqué dans la quatrième de couverture correspond au dernier tiers du roman. A ce stade là il ne s’agit plus seulement de donner envie de lire le livre, mais on dirait la bande-annonce d’un film creux : tout est dedans.

La traduction : extrêmement décevante dans la version française. J’ai relevé de nombreuses erreurs dans les pronoms masculins/féminins, des fautes d’accord, des incohérences et des tournures vraiment vilaines. Ce qui n’est pas pour simplifier le style parfois un peu fouillis de l’auteur. Sa tendance à sauter d’un personnage à l’autre, commençant les chapitres par un ‘il » ou « elle » très vague n’est pas passée inaperçue…

La pauvreté de l’écriture ensuite. J’ai été réellement déçue par le style de l’auteur. Son intrigue si élaborée, si délicate et stupéfiante aurait grandement mérité un style plus fin. On retrouve des comparaisons ou métaphores un peu bateau. Les personnages sont introduits sans grâce, en bloc avec leur CV et leurs expériences marquantes. Heureusement que nous sommes vite rattrapés par le rythme haletant du roman.

Les ficelles utilisées pour la construction du suspens sont parfois trop grosses. J’ai failli exploser de stress au début du roman quand a toutes les fins de paragraphe on peut lire quelque chose comme « c’est là que tout arriva » ou « cela se produisit alors » ou « elle croyait alors être au paradis. Plus tard elle y repenserait comme l’enfer » etc…Toutes ces charmantes phrases nous coupent dans notre élan et excitent encore plus notre désir de  savoir enfin ce qu’il se passe. Elles sont bien sur suivies d’un retour à la ligne, comme il se doit, afin de bien mettre en valeur le point culminant de la tension. Une fois que le mystère est levé sur le procédé employé ne demeure que l’irritation de se faire manipuler si grossièrement.

La dernière chose qui m’a mise réellement mal à l’aise est cette libido débordante de l’auteur que l’on perçoit presque toujours dans les descriptions des personnages féminins. J’ai eu cette désagréable impression que l’auteur se faisait plaisir en habillant ses personnages au gré de ses fantasmes personnels. On retrouve très souvent l’expression « très sexy », que je trouve déjà bien triste sur le plan littéraire mais surtout inutile pour l’imagination de la lectrice. Je suppose qu’auprès des lecteurs hommes cela comporte son petit charme : qui n’est pas séduit par l’image d’une belle femme, intelligente de surcroît, qui au moment le plus critique du roman trouve encore le moyen de s’exhiber à « moitié nue », tout en résolvant des problèmes de physique ? Sans compter que je ne vois pas bien ce qu’apporte au roman le fait que le personnage principal -la même femme intelligente et sublime- aime se masturber en regardant des films pornos. Je reste perplexe.

Au delà des critiques je dois cependant reconnaître en toute franchise que je n’ai pas lâché le livre du week-end et que la qualité de l’intrigue proposée y est pour beaucoup. Le fait d’avoir exploité un domaine a priori aussi difficile d’accès que la physique des cordes permet de nombreux rebondissements (et de nombreuses frayeurs). La construction du roman est très aboutie; elle s’appuie sur des temporalités différentes qui s’entremêlent constamment. Sans compter que la réflexion que propose l’auteur sur notre capacité croissante à décortiquer le monde dans ses moindres secrets pose de gros problèmes éthiques, auxquels nous ne sommes parfois confrontés que dans la tragédie, comme c’est le cas ici.