Le sucre plus addictif que la cocaïne ?

C’est en tout cas ce que se propose de vérifier Danièle Gerkens dans son livre Zero Sucre. Pendant toute une année, la journaliste qui tenait la rubrique santé de ELLE, a arrêté de consommer du sucre. Ca vous parait fou ? Irréalisable ?

En fait, et elle l’explique très bien, quand on parle de sucre, on parle potentiellement de beaucoup de choses différentes à la fois. On dit « sucre » et vous pensez sucre blanc, le sucre de table. Or ce n’est qu’une partie infime des milles manières qu’il existe de sucrer; parce qu’on peut recenser des dizaines de noms du sucre : sirop de glucose, fructose, maltodextrine etc. Il suffit de regarder les étiquettes des produits de supermarché : je vous mets au défi de trouver du pain (type pain de mie) qui ne contienne pas une forme ou une autre de sucre. Mais le sucre est également présent sous forme naturelle (non-ajoutée) dans de nombreux produits comme les fruits ou les laitages. Il y a donc sucre et sucre, et ses plus fervents détracteurs le traquent jusque dans les fruits et les glucides, s’interdisant de consommer pâtes, pain, fruits frais et séchés…

 

Pourquoi arrêter le sucre ?

Pour l’auteur ce défi a émergé face à l’engouement croissant pour le « no sugar » ou le « slow sugar », des tendances dans la droite lignée du « sans gluten », du végéta*ien, du cru… En tant que journaliste, Danièle Gerkens était en première ligne des dernières modes culinaires, livrées directement à la rédaction du magazine par tous les pâtissiers en vogue. Elle a donc vu l’émergence du mouvement sans sucre et, devant les arguments de ses adeptes aura envie eu de vérifier leurs allégations. Parmi les atouts revendiqués d’un régime sans sucre : une perte de poids potentielle grâce à une glycémie qui fluctue moins, une plus belle peau, moins de cellulite et une une meilleure santé. Rien que ça !

D’ailleurs si vous avez, ne serait-ce qu’une minute, envisagé la possibilité d’arrêter le sucre vous aussi, vous avez sûrement déjà tranché la question d’un péremptoire « ah ça non, je ne pourrais jamais ! ». Ce qui devrait au moins vous renseigner sur le caractère inévitable du sucre au quotidien.

 

Pourquoi est-ce que le sucre est partout ?

Parce qu’au-delà de l’ingrédient, le sucre est associé à des notions fortes de plaisir et de récompense que nous héritons directement de notre enfance. Pensez-y : votre maman ne vous donnait-elle pas des smarties quand vous vous cogniez ? Ne vous a t-elle jamais convaincus de manger vos légumes grâce à la perspective du dessert ? Il faut dire qu’en France notre culture fait la part belle au dessert à chaque repas : crèmes, mousses, yaourts aux fruits etc.

L’auteur le montre bien : arrêter de consommer du sucre c’est se mettre en marge d’une vie sociale « normale ». Il faut apprendre à refuser dessers, chocolats, pauses goûter avec les amis, la famille, et c’est aussi se trouver parfois démuni face à la sur-représentation du sucre dans les produits industriels.

On apprend aussi que le sucre est ajouté aux biscuits et céréales (de façon massive, soyons clairs), mais ça tout le monde peut s’en douter. En revanche, qui savait qu’il y avait du sucre ajouté dans la sauce tomate, le pain de mie, les soupes, les sauces etc. ? Véritable couteau-suisse, le sucre est indispensable aux industriels qui se servent de ses propriétés gustatives et de conservation pour améliorer l’aspect et le goût de leurs produits. Nous habituant par là-même à un goût sucré que nous ne cherchons plus à débusquer car il est partout.

Arrêter le sucre ce n’est donc pas simplement arrêter de sucrer son yaourt nature. C’est arrêter pâtisseries, plats préparés, snacks, chocolat, pains du supermarché, confitures, compotes (pas toutes heureusement), et apprendre à ne faire confiance à personne, surtout pas au marketing parfois trompeurs des produits. Tout un programme en somme.

 

Eduquer au sucre

Ce qui ressort vraiment dans cette étude de Danièle Gerkins, c’est le côté omniprésent du sucre. Le supprimer relève d’une démarche consciente et aboutie qui nécessite un minimum de connaissance. Et ce savoir, parfois pointu, tout le monde ne l’a pas.

Pourquoi ? Que ce soit en France aux Etats-Unis, l’Etat est pieds et poings liés face aux lobbies et aux industriels qui poussent des cris d’orfraie dès qu’un programme de nutrition ose dénoncer l’effet néfaste du sucre sur l’organisme. D’où la quasi-impossibilité de légiférer, ou en tout cas de statuer publiquement sur les besoins quotidiens en sucre. (Voilà pourquoi sur les étiquettes nutritionnelles vous ne trouverez pas quel pourcentage de vos besoins journaliers recommandés le sucre présent dans le produit représente – contrairement aux lipides ou aux protéines. Ni quelle est la proportion de sucre ajouté et de sucre naturellement présent dans les ingrédients.)

En fait, les scientifiques eux-mêmes ne s’accordent pas entre eux sur le rôle présumé du sucre dans tout un tas de maladies. Ni sur les effets bénéfiques de sa suppression d’une alimentation équilibrée. Ce qui en atteste bien, c’est les retours discordants qu’a récolté l’auteur auprès de scientifiques, chercheurs, médecins et autres nutritionnistes. Et puis comme la recherche est souvent financée par le secteur privé, les conflits d’intérêts ne sont pas rares… Type congrès sur la nutrition financés par Coca Cola.

 

Pour en revenir au livre

De son année sans sucre, Danièle Gerkens tire des enseignements scientifiques (composition et assimilation du sucre), nutritionnels, certes. Mais aussi une meilleure connaissance des procédés pas toujours reluisants des industriels de l’alimentation, et de l’action de nos institutions publiques et étatiques face à cette question de santé. Sans parler d’une prise de conscience brutale à propos de l’omniprésence du sucre dans notre alimentation.

Survendus dans la presse et à la télévision, les bénéfices que tire l’auteur de son expérience semblent spectaculaires : une peau rayonnante (compliments à l’appui), 6 kilos de perdus, moins de ventre, plus de cellulite etc. Faut-il y voir la preuve de l’efficacité de ce régime ? Le lecteur seul tranchera.

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre qui se lit comme un roman grâce à ce que l’auteur y a inséré de personnel. Suivre sa démarche au jour le jour rend les passages plus scientifiques ou théoriques plus concrets. Surtout que l’auteur, comme chacun d’entre nous, a une histoire personnelle jalonnée de récits impliquant le sucre. Elle a aussi une famille, des enfants, et son expérience est riche de conseils utiles et avisés pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure du « no sugar ». J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la sélection de recettes à la fin du livre. Une preuve de plus que l’ouvrage peut être pris autant comme une enquête qu’un guide pratique.

 

Voilà un livre à mettre entre toutes les mains, que l’on souhaite, ou non, réduire sa consommation de sucre et/ou mieux manger.

 

Et vous, arrêteriez-vous le sucre après cette lecture ? Auriez-vous seulement envie de vous en priver ?

 

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Une réflexion au sujet de « Le sucre plus addictif que la cocaïne ? »

  1. Non, nous n’arrêterons pas le sucre, nous aimons mangé les desserts. Par contre, nous ne sucrons pas le café ou le thé, tout simplement par goût, comme le yaourt que nous préférons nature.
    Tous les jours, il y a d’autres nouvelles alarmantes concernant l’alimentation. Ce sont les enfants les premières victimes, attirés par les gâteaux venant de l’industrie alimentaire.
    C’est aux parents d’être vigilants, de faire la cuisine avec eux de temps à autre pour leur apprendre le goût. Au lieu de « no sugar », nous préconisons plutôt « slow sugar » parce que cela nous parait plus réaliste.
    Merci pour ce bel article

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