Destins de femmes Afghanes

Rahima, dix ans, vit en Afghanistan. Sa destinée est, comme pour toutes les femmes de son entourage, contrôlée par les hommes. A un détail près : son père n’ayant pas eu de fils, Rahima est travestie en garçon, une pratique courante qui dote le père de l’illusoire fierté d’avoir eu un fils pour quelques temps. Jusqu’à ce que la fille devienne pubère. Autre particularité : sa tante, bossue, est une femme qui est allée à l’école assez longtemps pour avoir appris à lire et s’émanciper, au moins par la pensée, d’un système patriarcal impitoyable pour les femmes qui sortent du rang.

J’ai repoussé longtemps la critique de ce roman qui par sa densité se rapproche pratiquement du témoignage. L’attention portée aux détails, aux situations, aux sentiments décrits, tout concoure à donner une vraisemblance d’autant plus troublante qu’elle décrit un état de fait. Pas facile de débrouiller une œuvre qui touche autant au réel.

Pourtant, La perle et la coquille pourrait être le titre d’une fable de La Fontaine. La moitié du récit étant narrée par un des personnages, le récit s’en approche. Le lecteur y suit en même temps que Rahima l’histoire atypique de Bibi Shekiba, son arrière arrière-grand-mère. La jeune fille puise dans sa propre histoire familiale ressuscitée des ressources dont le reste des femmes afghanes semblent privées.

Car les femmes afghanes semblent ne pas avoir le droit de s’inscrire dans le cours de leur propre histoire. Elevées dans le cercle des femmes de leur famille, les jeunes filles apprennent auprès de leur mère et sœurs à tenir la maison et s’occuper des enfants. Avant d’être rejetées de leur propre famille, données en mariage à un inconnu, souvent beaucoup plus âgé, dont elles accroitront la descendance. Dans leur nouveau foyer elles découvrent souvent plusieurs autres épouses, leurs enfants et une atmosphère de malveillance teintée de jalousie. Le passage par l’école n’est ni un droit ni une évidence, simplement une manifestation de la bonne volonté du père.

Les filles sont d’abord une déception pour leur père, un échec pour leur mère, avant d’être un problème financier qui ne trouve sa résolution que dans l’arrangement d’un mariage qui délivre tout le monde. Sauf la jeune femme elle-même. Enchainées à la lignée de leur mari elles ne trouveront qu’un salut relatif dans la mise au monde de fils. Pour celles qui auront cette chance.

Voilà en tout cas la destinée qui attend Rahima. C’est sans compter sur sa tante qui a force de détermination, arrive à lui conter l’histoire de cette lointaine ascendante qui a, au début du XXème siècle réussi à modifier son futur à force d’ingéniosité et de courage. Un héritage que Khala Shaima compte bien confier à sa nièce.

La dualité des deux récits qui s’entrecroisent fait de ce roman une fresque colorée et vivante du monde dans lequel vivent les Afghanes d’hier et d’aujourd’hui. Un monde brutal, dominé par les hommes. Un monde dans lequel elles ne servent qu’à donner des fils et entretenir la maison. Un monde de solitude où la bienveillance se paye cher.

Ce roman de Hashimi ouvre une porte sur l’univers calfeutré des intérieurs et éclaire l’envers du décor, les petites histoires ordinaires qui constituent la seule réalité pour les femmes afghanes qui n’ont d’autre horizon. Le mélange des genres, subtil, superpose les registres du conte et du récit biographique pour livrer une narration à plusieurs dimensions.

S’il est parfois difficile de jongler entre les différents personnages et niveaux de temporalité, on ne regrette pas l’immersion. La narration est prenante, l’intrigue aussi.

Que l’on y cherche une description des conditions de vie des femmes afghanes ou une simple histoire dans laquelle se plonger avant de dormir, La perle et la coquille est une œuvre à lire. Récit du courage ordinaire de femmes dont la violence est la seule réalité, ce roman a le mérite de remettre les choses à leur place. Et nous dans un monde qui n’est pas si moche.

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