Les jeunes filles / Montherlant

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Pierre Costals est un écrivain, un séducteur, un homme cynique, un fin connaisseur de la psychologie féminine, un manipulateur mais il se trouve surtout que Pierre Costals est le personnage principal de ce roman.

Si l’on était d’humeur tatillonne ce matin on pourrait même aller jusqu’à questionner cette notion de « roman ». La composition de l’œuvre intrigue dès les premières pages et me fait pousser un soupir mécontent qui manque me gâcher le plaisir que j’éprouvais à me lancer dans une oeuvre si connue et si acclamée. Lorsque je constate que les premières pages prennent la forme d’un échange épistolaire, entre un homme et une femme qui plus est, je ne peux m’empêcher de crier à l’imposture : Choderlos de Laclos est déjà passé par là avec ses liaisons dangereuses ! Il se trouve que le reste du roman est un savant mélange de saveurs, mélange assez rare en littérature : lettres, passages narratifs avec narrateur externe, extraits de journal personnel etc…

L’autre point qui me fait questionner la notion de roman est cette répartie un peu cynique, détachée et terriblement délicieuse que l’on retrouve dans d’autres personnages de Montherlant et que l’on finit simplement par lui associer personnellement. Parfois même, les notes de bas de page qui sont vraisemblablement le fait de Costals semblent avoir été ajoutées par un Montherlant désireux de se joindre à la conversation. Pour autant, comment savoir ce qui est de l’ordre de la fiction et ce qui est de l’ordre du personnel ? La limite est bien mince. D’autant que Montherlant semble s’être illustré dans sa carrière par cette capacité qu’il a de donner l’impression que le roman reflète le fond de sa personnalité. Bref, il s’est fait passer pour un gros misogyne et c’est tout.

Ce qu’on ne peux définitivement pas enlever à cette œuvre c’est son génie. Comme face à tous les trucs géniaux je me trouve un peu démunie pour en disséquer les composantes. L’acuité de l’analyse psychologique des personnages féminins est garante en grande du sublime de l’œuvre. Et d’ailleurs c’est aussi la raison qui doit nous convaincre que Montherlant n’était pas misogyne. Comprendre comme il l’a fait la manière de penser des femmes de son époque (et, c’est troublant, des femmes d’aujourd’hui encore) prouve bien qu’il ne s’est pas arrêté à des considérations de bas étage au sujet des ses compatriotes. il insiste suffisamment lourdement sur le fait que la nécessité du mariage asservit le bonheur de la femme à celui de l’homme pour qu’on le disculpe totalement.

Heureusement il n’y a pas que ça, sans quoi on serait dans un roman de Flaubert. Pas que je déteste Flaubert, mais quand même, de temps en temps c’est bien de se marrer un peu. Comme je le disais l’écriture est fraiche, à l’humour froid d’une ironie subtile sur le monde et les individus qui le peuplent.

En résumé je parlerais d’une oeuvre brillante, à l’intelligence fine et vive. Un vrai plaisir comme on en a peu, donc.

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