Beauté fatale / Chollet

beauté fatale

Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle. Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par la matraque des normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente.

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King Kong Theorie / Despentes

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J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre.

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Confessions d'une sociopathe / Thomas

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Psychopathe, pervers narcissique…nous connaissons ces termes, mais qu’est ce qu’un sociopathe, comment l’identifier ?

Ce livre est une grande première, non seulement parce qu’il lève le voile sur cette pathologie psychiatrique pourtant répandue (une personne sur 25 serait sociopathe), mais aussi et surtout parce qu’il le fait à travers le témoignage exceptionnel d’une sociopathe.

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Le principe de Peter / Peter & Hull

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Chaque employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence

Vous soupçonnez vos collègues de toujours sortir un dossier sous le bras pour faire croire qu’ils travaillent et vous avez recours aux services d’un chaman pour éviter de systématiquement tomber sur LA personne incompétente quand vous vous rendez dans une administration ?

Ne cherchez plus, ce livre est fait pour vous !

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Reflets dans un oeil d'homme / Huston

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C’est très en retard sur la polémique causée par cet essai que je suis tombée dessus par hasard, totalement inconsciente des débats qu’il avait suscités. Cet essai très personnel de Nancy Huston (elle s’appuie à de nombreuses reprises sur son expérience personnelle de jolie fille) est paru en avril 2012 et a été l’occasion d’un débat renouvelé entre les défenseurs de la théorie du genre -la femme ne s’inscrit dans des comportements jugés féminins que parce qu’elle a été éduquée comme une petite fille et a donc assimilé les codes qui y sont rattachés- et les partisans d’une théorie qui considère l’homme et la femme comme des individus fondamentalement différents entre lesquels ne peut exister d’égalité que celle qui reconnaît les particularités de chaque genre (la femme et l’homme ne pouvant donc pas revendiquer une égale condition).

En réalité il me semble que ce débat est un faux débat puisque ces différences sont évidentes. Nancy Huston axe ainsi son discours sur ces différences, dont le postulat de départ est : l’homme est génétiquement programmé pour « essaimer » et féconder le plus de femelles possible, quand la femme, elle, est biologiquement supposée porter des enfants et donc chercher un partenaire fiable, sur lequel elle puisse compter.

Le livre qui, au départ, a pour but de traiter du regard masculin sur la femme, et de la femme regardée, s’ouvre sur ces mots :

Belle comme une image

Des yeux masculins regardent un corps féminin : immense paradigme de notre espèce. pendant les deux mille millénaires de la vie humaine sur terre, le lien chez les mâles entez regard et désir a été une simple donnée de l’existence. L’homme regarde, la femme est regardée. L’homme appréhende le mystère du monde, la femme est ce mystère. L’homme peint, sculpte et dessine le corps fécond; la femme est ce corps.

Certes, les femmes regardent les hommes aussi et les hommes regardent les hommes et les femmes regardent les femmes…Mais le regard de l’homme sur le corps de la femme a ceci de spécifique qu’il est involontaire, inné, programmé dans le « disque dur » génétique du mâle humain pour favoriser la reproduction de l’espèce, et donc difficilement contrôlable. Ses répercussions sont incalculables, et très largement sous-estimées.

Une fois que l’on est sensibilisé à ce thème on le voit partout, pour la bonne raison qu’il est partout. Il fait l’objet de mille proverbes, expressions, commentaires populaires. « Elle m’a tapé dans l’œil », disent les hommes français; « A l’époque, dit-on plaisamment en anglais, tu n’étais même pas une lueur dans l’œil de ton père ».

Etape 1 : « Mon dieu ce livre est génial ! »

J’ai personnellement trouvé que prendre conscience de ces différences hommes/femmes rendait pas mal de choses compréhensibles dans les relations qu’entretiennent au quotidien les deux sexes. De façon très raccourcie on peut en revenir à la vision manichéenne qui consiste à dire que les hommes ne pensent qu’au sexe quand les femmes ont besoin de sentiments. Même si je conteste cette vision des choses qui rabaisse la femme au rang d’être niais, incapable de chercher du plaisir s’il ne débouche pas sur la procréation, cette vision a au moins le mérite d’expliquer les mécanismes inconscients qui président au choix d’un partenaire sexuel (je pense néanmoins que ces mécanismes ont tout intérêt à être dépassés). Les hommes chercheraient ainsi une femme fertile qui permettra la meilleure expression des gènes de l’homme : les hommes recrutent donc au physique. Les femmes de leur côté chercheraient un homme pour les épauler et subvenir à leur besoin et ceux de leur progéniture : les femmes ont recours à l’affect.

Etape 2 : « J’ai raté un épisode ou bien ? »

Et puis soudain, perplexité. Nancy Huston, que je prenais pour une féministe avec son point de vue original sur la séduction, commence à tenir des propos que je n’arrive pas à rapprocher d’un quelconque discours féministe. Elle aborde pourtant de nombreuses questions intéressantes comme celle de la prostitution entre autres. D’une position très classique condamnant la prostitution, l’auteure glisse doucement sur une pente savonneuse jusqu’à un mépris affiché des prostituées.

Le point d’orgue est atteint lorsque Huston joue la carte de la mauvaise foi jusqu’au bout et va jusqu’à proposer un service civique rendant obligatoire la prostitution pour toutes les jeunes filles atteignant la majorité.

Je refais pour vous le raisonnement fallacieux : « la prostitution existe depuis toujours »-> « la prostitution existera toujours car les hommes auront toujours inscrit dans leur gêne le besoin de féconder un maximum de femmes »-> »il n’y a rien à faire » -> »Et pourquoi ce serait pas vos filles à toi, toi et toi, qui se prostitueraient ? »-> »instaurons la prostitution obligatoire à la place du service militaire pour les filles ! »

Je trouve cette attitude indigne d’une personne intelligente qui prétend mener une vraie réflexion sur les questions de genre et par ailleurs je trouve le sujet un peu éloigné du champ de travail défini dans l’introduction…

Etape 3 : « Finissons-en ! »

Je finis cette lecture totalement agacée. Je la bâcle et je passe à autre chose. Je suis complètement sidérée par les positions plus ou moins assumées que tiens Nancy Huston au bout de quelques chapitres. On passe du constat de la différence fondamentale qui sépare les hommes et les femmes pour en arriver à une apologie de la maternité. Huston prend des partis tout à fait personnels et contestables sur la société actuelle, nous dépeignant l’image d’une femme soumise et contrainte par l’esthétique contemporaine de la femme mince et lisse. La femme qui ne veut plus enfanter a renoncé à sa destinée biologique et est ainsi aliénée, flottant sans but ni raison d’être dans l’existence. Cet éloge de la destinée biologique de la femme m’assassine, tout comme son mépris pour ceux dont les pratiques sexuelles ne visent pas directement la procréation :

Bien plus qu’ils ne se l’imaginent, les libertins et les queers ressemblent aux moines et aux bonnes sœurs : tous ces anti-breeders (opposants de l’engendrement) s’évertuent à contrer la biologie, à faire un pied de nez à la programmation génétique. Pas de problème. Ils peuvent s’amuser comme ils veulent, que ce soit par l’abstinence ou le fist-fucking ; l’espèce s’en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace.

Au final je m’avoue déçue par cet essai dont les débuts me promettaient les joies d’une pensée originale, bien documentée, argumentée et menée par une plume efficace sachant faire la part belle aux expériences personnelles. Des expériences personnelles, oui, une pensée originale, non. Juste une diatribe de plus contre tout ce qui s’éloigne de la norme et ne vise pas entretenir un schéma des relation hommes-femmes séculaire.

Pour une critique (bien) plus complète vous pouvez lire ICI l’excellent article de Mona Chollet, elle-même auteure d’un essai : beauté fatale

Le deuxième sexe / de Beauvoir -Citations-

beauvoir

CHAPITRE XII – L’AMOUREUSE

« Le même mot d’amour signifie en effet deux choses différentes pour l’homme et pour la femme. Ce que la femme entend par amour est assez clair : ce n’est pas seulement lé dévouement, c’est un don total de corps et d’âme, sans restriction, sans nul égard pour quoi que ce soit. » »

Nietzsche – Le gai savoir

« Les grandes amoureuses sont le plus souvent des femmes qui n’ont pas usé leur coeur dans des amourettes juvéniles […], elles ont connu une dure solitude […], quand elles entrevoient la chance de sauver leur vie décevante en la dédiant à un être d’élite, elles se donnent éperdument à cet espoir. »

« Tout l’incite à suivre la pente de la facilité : au lieu de l’inviter à lutter pour son compte on lui dit qu’elle n’a qu’à se laisser glisser et qu’elle atteindra des paradis enchanteurs. »

« Trouver quelqu’un qui m’aimerait assez pour se donner la peine de me faire vivre, quelqu’un à qui j’obéirais aveuglément et en toute confiance, sûre qu’il m’éviterait toute défaillance et me mènerait tout droit, très doucement et avec beaucoup d’amour, vers la perfection. »

Témoignage d’une neurasthénique

« La plupart du temps, c’est d’abord la justification, l’exaltation de son égo qu’elle demande  à son amant. »

« C’est dans les yeux de l’homme que la femme croit enfin se trouver »

« La femme se sent douée d’une sûre et haute valeur, elle a enfin la permission de se chérir à travers l’amour qu’elle inspire. »

« Avant qu’il eût posé gentiment ses mains sur ses épaules, avant que ses yeux se fussent saturés d’elle, elle n’avait jamais été qu’une femme pas très jolie, dans un monde incolore et morne. Dès l’instant où il l’avait embrassée, elle était debout dans la lumière nacrée de l’immortalité. »

M.Webb – Le poids des ombres

« C’est là une des malédictions qui pèsent sur la femme passionnée : sa générosité se convertit aussitôt en exigence. »

« S’étant aliénée en un autre, elle veut aussi se récupérer : il lui faut annexer cet autre qui détient son être. »

« Elle se donne tout entière à lui : mais il faut qu »il soit tout entier disponible pour recevoir dignement ce don. Elle lui dédie tous ses instants : il faut qu’à chaque instant il soit présent, elle ne veut vivre que par lui : mais elle veut vivre; il doit se consacrer à la faire vivre. »

« Les chaînes que noue autour de l’homme la trop généreuse passion d’une femme. »

Constant

« Deux amants qui se destinent exclusivement l’un à l’autre sont déjà morts : ils meurent d’ennui. »

« Déchirée, tourmentée, elle risque de devenir un fardeau pour celui dont elle se rêvait l’esclave; faute de se sentir indispensable, elle se rend importune, odieuse. »

« La femme aimant l’homme dans son altérité, dans sa transcendance, se sent à chaque instant en danger. Il n’y a pas une grande distance entre la trahison de l’absence et l’infidélité. »

Le deuxième sexe / de Beauvoir

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Pour être honnête d’abord je dois préciser que je n’ai lu que le tome 2 de cette œuvre beaucoup plus dense que je ne l’imaginais. Le tome 2 pèse son poids (à peu près 600 pages) et mes expériences m’ont révélé qu’il peut absorber à peu près un litre d’eau. D’où la sensation d’avoir une brique dans son sac. Une brique qui aurait le volume d’un petit chou-fleur après hydratation, je précise.

Pour celles et ceux qui voudraient donner sa chance à cette lecture incontournable  à mon avis, le tome 1 aborde des questions d’ordre biologiques et statistiques (reproduction, particularités physiques des hommes et des femmes, temps de travail moyen au sein du foyer etc…).

Le tome 2 me paraissait plus pertinent puisqu’il étudie de près le processus d’éducation différencié entre les filles et les garçons, celui qui conduit les femmes a assumer des rôles d’épouses et de mères, et qui est plus connu pour être exprimé ainsi :

On ne nait pas femme, on le devient

Nous suivons donc l’éducation et la formation de la petite fille, de ses premiers mois jusqu’à l’âge de la vieillesse, en passant par toutes les étapes cruciales de la vie de la femme : amour, mariage, enfants.

Certains objecterons, à raison, que l’essai étant paru en 1945, sa validité est quelque peu contestable dans nos sociétés contemporaines où les femmes sont libres de travailler, ont accès à la contraception et ne sont plus obligées de se marier pour accéder à un statut social. Certes. Et pourtant, j’ai été frappée de tant me reconnaître entre les lignes de Beauvoir. Pas que je sois contrainte par un père ou un mari, ni que je sois empêchée dans l’assouvissement de mes ambitions. Non. Simplement que des mécanismes discrets mais persistants continuent de présider à l’éducation de la fille et de la future femme. Ce sont des idées reçues, des habitudes, des manières de faire et de penser qui ont la vie dure.

Plus que tout ce sont des manières de penser que les femmes elles-mêmes mettent en œuvre inconsciemment. Je suis la première à reconnaître que l’incompréhension peut planer face à l’attitude apparemment paradoxale des femmes (d’aujourd’hui et d’hier) : pleines de volonté elles veulent s’émanciper et réclament des prérogatives autrefois réservées aux hommes, mais elles jouent en même temps de leur séduction et désirent encore être courtisées et choyées par les hommes.

Cet essai est éclairant parce que justement il décrypte les mécanismes inconscients et appris de ce paradoxe féminin. Simone de Beauvoir s’aide d’ailleurs de nombreuses références littéraires et propose une vision qui va bien au-delà de sa condition individuelle. Je trouve qu’elle touche vraiment à quelque chose d’universel, de profondément présent en chacun d’entre nous, et cela sans juger avec ce ton polémique que l’on attribue volontiers aux féministes. Vous ne trouverez pas dans ce livre de revendications avec bannière à la main.

Donc, quel est l’intérêt de lire ce (gros) livre me demanderez-vous ?

1) C’est un grand moment pour l’élaboration d’une solide culture générale. Autant pour ouvrir d’autres portes sur la question du féminisme que pour se donner le droit de la critiquer.

2) C’est une révélation pour toute femme qui s’est déjà demandé pourquoi il est si difficile de tout concilier : vie amoureuse, ambitions personnelles, réalisation de soi…

3) C’est un manifeste et un gros coup de pied au cul pour celles qui, comme moi, se reconnaissent à chaque mot du chapitre traitant de « l’amoureuse » qui ne fait qu’attendre que le bonheur lui soit distillé avec patience par l’être aimé, se condamnant elle-même à une passivité engendrant déception, aigreur et frustration.

4) Si vous avez l’impression d’être la seule névrosée qui a des réactions disproportionnées en vertu d’une croyance à un idéal qu’il est impossible d’atteindre dans la vie quotidienne, vous aurez le plaisir d’apprendre que vous n’êtes plus seule et que nous sommes nombreuses à vivre dans la certitude de notre solitude face à des hordes de femmes parfaites à qui tout réussi.