Siri Hustvedt, femme orchestre éblouissante

Découvrir Siri Hustvedt faisait partie de mes must-do depuis qu’Un été sans les hommes (roman) et Vivre penser regarder (essai) se sont installés dans ma bibliothèque. Les voies de la curiosité étant impénétrables c’est au final Plaidoyer pour Eros qui m’a fait entrer dans l’univers intellectuel foisonnant de l’auteur.

Comment catégoriser cette somme d’essais et d’articles écrits de 1995 à 2004 ? En une dizaine de textes, leur auteur y démontre une maitrise littéraire, une curiosité et une compréhension du monde vibrantes qui me laissent estomaquée. Elle y aborde sa propre expérience, familiale, personnelle,  par bribes dans un propos qui essaie toujours d’aller au-delà de l’expérience individuelle.

En fait, « Plaidoyer pour Eros » n’est que le titre du deuxième essai de ce recueil. Un titre qui n’arrive pas à dire la richesse de ce qu’on peut trouver entre ces pages. Car Siri Hustvedt arrive à faire se côtoyer dans le même recueil des analyses littéraires poussées sur Gatsby le Magnifique ou Dickens tout en proposant des passages plus faciles qui évoquent la rencontre avec son mari (le non moins talentueux Paul Auster), le souvenir de ses parents ou son rapport à sa culture Norvégienne.

En apparence, le thème des textes est à chaque fois différent, mais de leur disparité émerge lentement le portrait d’une femme que certaines questions récurrentes fascinent plus que d’autres. Les thèmes de l’identité, du souvenir, de l’écriture (fiction ou écriture de soi) sont au coeur de sa réflexion sur le monde.

Je ne sais pas pourquoi je me sens plus vivante quand j’écris, mais c’est ainsi. J’imagine peut-être que, si je gratte le papier avec assez de force, je durerai. La réalité ne suffit peut-être pas.

J’ai été littéralement subjuguée par le spectacle de cette intelligence qui se saisit du monde pour essayer de le comprendre, de le formaliser et de retranscrire en mots des vérités dépouillées. Les essais ont trouvé en moi d’autant plus de résonance qu’ils restent concis et semblent chercher à procurer des émotions voire des illuminations. A la fin de ma lecture le livre était corné à peu près une page sur deux, ce que je ne fais qu’en cas de découverte majeure qui me pousse à recopier le passage !

J’ai particulièrement été friande des passages sur la création littéraire ou l’écriture. Le regard de Siri Hustvedt est à la fois neuf et riche d’une connaissance acquise avec l’écriture de ses romans, ses essais et son métier de professeur de lettres. Une forme d’écriture que je n’ai pour l’instant trouvée que chez des femmes. Est-ce parce que les hommes de lettres, philosophes ou écrivains sont plus susceptibles de sa lancer dans de grandes théories complexes ? Les femmes comme Siri Hustvedt, Simone de Beauvoir ou Nancy Huston ont une démarche qui va de l’individuel à l’universel et la formulation des vérités qu’elles dégagent de l’existence ne renient jamais le corps, les passions, bref, la condition humaine. J’en reviens souvent à Nancy Huston qui a formulé ce constat dans Journal de la création : les intellectuels hommes inscrivent leurs pensées dans un monde immatériel fait d’idées et de grand concepts, rarement d’enseignements tirés de l’éducation des enfants, du fait de ressentir du désir pour quelqu’un ou de tomber malade.

Lire Siri Hustvedt c’est partir à la rencontre d’une intelligence vive qui se saisit du moindre sujet pour l’élever au rang de réflexion à travers de multiples références piochées dans des domaines aussi variés que la psychologie, la littérature ou la neurologie. C’est comme dérouler une longue discussion entre un professeur ou une amie particulièrement fascinante et observer l’écho de ses paroles en soi.

Avez-vous déjà lu des essais ou roman de cet auteur ? Avez-vous aimé ?

 

 

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