Lecture et contemplation en Sibérie

Je ne sais pas vous, mais le bruit, l’agitation et le stress de Paris me donnent parfois envie de fuir la ville. Dans un délire de citadine je me représente une retraite tout confort à la campagne, une petite vie d’ermite qui se passerait quand même difficilement des supermarchés ouverts jusqu’à minuit, si on veut être honnête.

Sylvain Tesson, écrivain qui a parcouru le monde, repoussé ses limites lors d’expéditions dans l’Himalaya ou le désert de Gobi, avait aussi besoin de se mettre en retrait de l’agitation semble t-il. Il évoque sa façon de courir après le temps, d’extraire de chaque minute ses précieuses secondes pour en tirer l’essence précieuse. Son exil de six mois au bord du lac Baïkal c’est une façon s’arrêter la course effrénée des jours.

A Paris je ne m’étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l’âme. Ici dans le silence aveugle, j’ai le temps de percevoir les nuances de ma tectonique propre. Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même ?

De précédentes aventures l’avaient conduit dans cette région de la Sibérie qui lui était apparue comme l’endroit rêvé où s’installer le temps d’une retraite dans les bois. Il investit une cabane rudimentaire qui ne compte qu’une pièce et se lance en janvier 2010 dans la vie sauvage après avoir rassemblé de quoi lire, boire et manger pour passer l’hiver.

Car la vie au bord d’un lac couvert d’un mètre de glace, au pied de montagnes enneigées, à plusieurs dizaines de kilomètres de toute vie humaine ne s’improvise pas.

Dans ce cocon à la fois chaleureux (la cabane chauffée par le poêle en hiver) et hostile (les éléments naturels), Tesson laisse libre cours à des pensées sur le monde moderne et l’état d’esclavage dans lequel nous sommes vis-à-vis du temps.

Atteindre l’auto-suffisance dans la nature est ici l’objet d’une conquête, une victoire. L’ultime étape d’un apprentissage autant physique qu’humain qui mêle sublime et trivial : la contemplation du soleil qui se révèle dans une infinité de nuances uniques contre la coupe le bois pour se chauffer.

Cette retraite est aussi l’occasion d’explorer la nature, les montagnes, les saisons, et de redécouvrir l’enchantement quotidien de la nature que l’on a chassée de la ville. Un apprentissage de la lenteur et de la gratuité de la vie qui passe aussi par la lecture.

Le récit est émaillé de très belles citations et se nourrit de la pensée de Tesson autant que de celle des auteurs qui meublent sa retraite en lui faisant écho. Les réflexions de l’auteur sont autant de questions adressées indirectement au lecteur, des invitations à la réflexion.

Pendant cinq années j’ai rêvé à cette vie. Aujourd’hui je la goûte comme un accomplissement ordinaire. Nos rêves se réalisent mais ne sont que des bulles de savon explosant dans l’inéluctable.

J’étais pleine de sentiments contradictoires avant la lecture de ce livre : envie de découvrir la vie sauvage, la solitude de l’auteur et ses pensées. Dans le même temps je me demandais de quoi la matière du récit serait faite. A ceux qui craignent une lecture fade : le livre est dense mais concis dans son propos. C’est épuré et incisif, juste ce qu’il faut. A ceux qui pensent trouver un récit d’aventures, ne vous y méprenez pas : à part quelques balades qui déroulent des descriptions aux termes tous plus spécifiques les uns que les autres, il s’agit surtout d’une aventure psychologique.

 

Pourriez-vous tenter ce genre de retraite ? Avez-vous lu des auteurs qui l’ont fait ?

 

Le café : Wild and the Moon

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