Accident nocturne / Modiano

 

Accident place de la Concorde, une nuit. Une voiture percute un jeune homme de dix-neuf ans. A peine blessé, le narrateur est pourtant rendu à lui-même par ce choc qui ramène à la surface souvenirs et bribes d’une vie qui commence déjà à s’effacer.

Du jeune homme on ne connait même pas le prénom qui n’apparait qu’à peine une fois au cours du roman, conçu comme un monologue intérieur. De fait on ne sait pas grand chose que de ce personnage qui se révèle au lecteur en même temps qu’il se révèle à lui-même. Car l’accident place de la Concorde n’est pas une simple accident, c’est l’événement qui marque le point de départ d’une aventure un peu étrange pour le narrateur.

Transporté à l’hôpital dans des circonstances presque inquiétantes, notre personnage est relâché à l’air libre quelques jours plus tard, dans un Paris trop grand.

Car la capitale occupe dans ce Modiano une place toute particulière : la topographie des lieux devient celle des souvenirs. En arpentant les rues de Paris, le narrateur vagabonde dans sa propre mémoire. Les rues sont des frontières invisibles, les quartiers des indices. On suit du bout des doigts sur la carte de Paris non plus des itinéraires mais des trajectoires, des destinées. Celle des personnes que le personnage principal à connues sans se rappeler exactement comment, où, ni qui.

Cet accident nocturne c’est le début d’un voyage initiatique qui rend le narrateur à lui-même, un prétexte pour se réveiller et assembler les morceaux d’une vie qui n’est pourtant pas bien longue. Car étrangement, le narrateur semble avoir traversé ses années de formation à son propre insu. De son enfance il n’a que quelques souvenirs épars et tout est mélangé, les dates, les lieux sont une bouillie informe à travers laquelle il essaie de trouver du sens. Pour enfin mettre le doigt sur le souvenir de ce visage de femme dont la vision le torture et le nom lui échappe.

Alors, que faut-il penser d’Accident Nocturne ?

Après que Modiano a reçu le prix Nobel de littérature je me suis sentie carrément ignare de n’avoir jamais ouvert un de ses romans. Et je l’avoue, sans savoir à quoi m’attendre, je craignais de me trouver face à une sorte de littérature très franco-française : de bonnes tranches de vie qui laissent flotter le lecteur impertinent et le cantonne à un rôle de voyeur. Bref, des romans sans grande intrigue, sans force qui nous mène d’un point A à un point B.

Est-ce que ce roman confirme mes craintes ? Oui et non. L’intrigue se dévoile petit à petit, dans les brumes d’un doute angoissant qui se lève au fur et à mesure que la mémoire revient au narrateur. L’écriture est d’une richesse qui se passe du superflu : de la précision et un travail minutieux, pour aller à l’essentiel. D’où mon incapacité à trancher sur ce roman : à la fois éthéré, difficile d’accès, son intrigue est excessivement simple. Impossible de conclure avec certitude ou de dire que tout est compris, il me semble constamment que quelque clef de compréhension m’échappe.

Malgré tout je me demande : mon avis serait-il aussi incertain si ce roman n’avait été écrit par un Prix Nobel ? La réponse est non.

 

Aimez-vous les romans de Patrick Modiano ? Lesquels vous ont les plus marqués ? 

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