Liberté, art et romance, Paris 1920

 

Il y a quelques années, Jim Fergus, écrivain américain, passe des vacances dans le sud de la France avec son épouse malade du cancer. Ils tombent sur une toile qui leur plait immédiatement dans la boutique d’un antiquaire et en font l’acquisition peu de temps après. Cette peinture symbolise pour eux une joie de vivre communicative incarnée par la femme nue qui est alanguie au centre de la toile, en plein milieu d’une orgie. L’oeuvre est signée Chrysis Jungbluth, une artiste inconnue du grand public qui semble avoir vécu au début du siècle. Pour en savoir plus, Fergus va devoir commencer des recherches…

Ce que son enquête révèle à l’auteur, c’est que Chrysis Jungbluth s’appelait Gabrielle. Dans le Paris des années 1920 elle suit des cours de peinture dans une des premières académies réservées aux filles et découvre la liberté d’habiter dans une capitale en pleine effervescence culturelle. Dans les cafés, les artistes se pressent pour écrire, composer, dessiner et s’imprégner autour du quartier Montparnasse de l’atmosphère d’insouciance et de renouveau qui plane.

Plus qu’un récit consacré à la jeune femme talentueuse dont l’image couleur sépia s’étend sur la couverture du livre, l’oeuvre de Jim Fergus est aussi l’histoire d’un homme, Bogart Lambert. « Bogey », le cow-boy qui décide de quitter son Colorado natal pour participer à la première guerre mondiale en s’engageant dans la Légion Etrangère et ainsi honorer les origines familiales. Les deux destins, celui réel de Chrysis et celui fictif de Bogart s’entremêlent dans une passion qui a la force de l’évidence.

Dit comme ça le roman de Fergus avait tout pour me conquérir, à commencer par une solide base historique à laquelle j’imaginais que l’auteur rendrait éclat et vie. J’étais excitée de lire la préface qui ancre dans le réel les quelque deux cents pages à venir et attendais probablement de vivre la fidèle reconstitution historique d’une époque qui fait un peu rêver.

Pourtant tout est dit lorsque Fergus annonce que si le point de départ de son roman est historique, les personnages, les lieux et les situations à venir ne sont eux que le produit de son imagination. Certains verront dans cette liberté de l’auteur la quintessence du processus de création littéraire : le fait d’ingérer les histoires des autres et de les rendre au monde après leur avoir imprimé sa personnalité et son style.

Pour ma part j’ai été déçue de ce gâchis. Qu’on ne se méprenne pas, Chrysis est un roman agréable à lire qui se parcourt sans peine. Mais je n’ai pas été convaincue. J’ai trouvé l’écriture fade, sans profondeur, très platement narrative. Les personnages sont campés à traits grossiers, les scènes sont à la limite de la caricature et l’ensemble manque de ce je-ne-sais-quoi qui rend une oeuvre vraisemblable, palpitante de vérité. Tout est abordé rapidement, sans laisser au lecteur le temps de prendre ses marques, sans lui donner une chance de se représenter un univers qui dépasse des contours imposés par l’écriture.

Je suis peut-être dure et exigeante mais avec le recul je trouve que ce roman est plus un reflet des fantasmes d’un écrivain américain féru d’histoires du vieux continent – avec ce que cela suppose de fantasmes de romantisme et de lyrisme – que la réinterprétation d’une histoire réelle. Le parallèle est vite fait entre le cow-bow qui part à l’assaut de l’Europe, armé de toute sa simplette bonne volonté de garçon de ferme et l’auteur américain qui essaie de camper une époque rêvée, avec sa vision idéalisée d’un monde en réalité bien plus ambivalent.

 

 

Le café : Tayas Kaffehaus

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