Banc d'essai : le roman bradé 1$ et ma passion pour les livres d'occasion

The Fate will find their way Pittard

 

Il y a quelques jours je passais dans un « Dollar Tree », un de ces magasins que l’on trouve un peu partout aux Etats-Unis où tout est vendu 1$, littéralement tout, des tupperwares au chocolat en passant par les cartes de voeux et … les livres.

Quand j’ai vu leur sélection de livres neufs à un prix aussi dérisoire j’ai aussitôt cherché quelque chose – n’importe quoi – avec une petite intrigue modeste mais solide, juste de quoi m’occuper quelques heures.

J’ai toujours adoré acheter des livres à prix réduit. D’occasion, dénichés dans les vides greniers, troqués contre ceux de mes amis, récupérés parmi les livres dont les bibliothèques se séparent de temps en temps, je trouve que c’est toujours un cadeau d’avoir un livre pour pratiquement rien. Et on n’est jamais à l’abri d’une belle découverte.

Il y a quelques années j’habitais à côté d’un Troc de l’Ile, un de ces magasins un peu désuets qui vendent des objets de seconde main et font plus penser à de vieux greniers poussiéreux plus qu’à des Ikéa. Tout un espace était consacré aux livres et avant que l’endroit ne ferme je passais chaque semaine beaucoup de temps à les passer en revue. L’avantage de ce genre d’endroits c’est que tout ce qui s’y trouve a été déposé par de précédents propriétaires. Les objets ont déjà eu une vie et en ce qui concerne les livres ça ne peut, à mon sens, qu’être une bonne chose. Notamment parce que, les programmes scolaires ayant peu évolué ces dernières décennies, la bibliothèque de madame Michu a de fortes chances de contenir des classiques de la littérature française. C’est ainsi qu’une grande partie de ma bibliothèque s’est trouvée venir de là. A cinquante centimes le Molière ou le Zola on ne rechigne pas.

Avec tout ça, c’est naturellement, chez Dollar Tree, que j’ai jeté mon dévolu sur The fates will find their way de Hannah Pittard dont la couverture tranchait par sa sobriété au milieu des couleurs kitsch. On y lit d’ailleurs « A dreamlike cross between The virgin suicides and The Lovely Bones » (une rencontre rêvée entre The Virgin Suicides et Lovely Bones). Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité.

The fates will find their way, c’est l’histoire d’une communauté de banlieue américaine soudée par des liens d’amitié qui se transmettent pratiquement de génération en génération. Racontée à la première personne par un narrateur noyé dans un groupe de garçons de son âge, l’intrigue gravite autour de la disparition de Nora Lindell, une voisine et camarade de classe que tout le monde connaissait.

La couverture ne ment pas, on retrouve bien quelque chose de Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides : le groupe de garçons adolescents puis adultes qui grandissent avec le mystère d’événements qui continuent de les hanter, animant sans fin leurs conversations. La narration à plusieurs qui délimite mal les individus et s’attache plutôt à montrer comment le groupe évolue, avec les femmes et les enfants anonymes qui entrent dans le paysage.

Sauf que c’est là que s’arrête toute comparaison avec le roman de Jeffrey Eugenides doté d’une profondeur que j’aurais aimé trouver dans l’écriture de Pittard. Au lieu de ça j’ai enchainé page après page d’un récit décousu, brouillon, perdu dans des projections en avant et des retours en arrière, assis entre deux chaises et nulle part au final. Les personnages sont dessinés à gros traits grossiers, l’écriture complètement approximative. J’ai trouvé énormément de phrases du type : « The memories were neither real nor not real » (« les souvenirs n’étaient ni réels ni irréels »), ce qui m’a d’abord amusée puis enfin agacée. Nous sommes ici au sous-sol de la littérature.

Il faut dire que j’aurais dû me méfier dès le départ. Plusieurs indices : la couverture du livre qui est volontairement raccourcie pour laisser apparaitre des éloges sous formes de citation sur une mince fine bande de papier de couleur en-dessous. Mais ce n’est pas tout, une fois la couverture passée ce ne sont pas moins de sept pages de critiques dithyrambiques qui se suivent, avant même le début du roman. Ça plus la page de fin « reading group guide » qui propose une liste de questions pour discuter du livre (comme « Quel est le sens du titre selon vous ? » ou « les narrateurs deviennent-ils vraiment adultes à votre avis ? »), je me rends à l’évidence, ce livre à 1$ est un échec complet.

Plus tard, je soulève l’étiquette du code barre à 1$ et découvre le prix original du roman : 14,99$. Je comprends mieux comment et pourquoi il a atterri sur les étagères poussiéreuse de mon Dollar Tree.

 

Et vous, aimez-vous tenter l’inconnu avec des romans sortis de nulle part ?

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