Revolutionary road / Yates

Yates Revolutionary Road

Dans l’Amérique des années 1950 April et Frank Wheeler forment un couple qui attire le regard, le genre de couple que l’on envie : elle est belle et élégante, il est doté d’une intelligence fine qui fait mouche et tous les deux affichent en public une complicité qui fait d’eux le couple parfait pour habiter la jolie maison de banlieue où ils élèvent leurs deux enfants. En coulisses de cette publicité colorée qui vante un « american way of live » plein de promesses de bonheur, c’est une autre histoire qui se joue. Celle de deux individus qui se cherchent et tentent d’entretenir la belle façade que leur famille parfaite offre au monde.

Un été à Cold Spring m’avait fait découvrir le trait précis de Yates, son talent de portraitiste à camper des personnages ambigus, reflets d’une époque ambiguë entre consumérisme joyeux et insatisfaction rampante.

Derrière le décor des rutilantes années 50 on retrouve ici le même fatalisme désabusé et ordinaire, la même toute puissance de la norme sociale. Se marier, avoir des enfants et posséder un charmant pavillon en banlieue : voilà le rêve qui habite tous les jeunes adultes jusqu’au moment où le doute s’installe. Etait-ce bien tout ? Y avait-il autre chose à trouver en dehors d’une vie de famille monotone et d’un travail alimentaire sans passion ?

Revolutionary road (La fenêtre panoramique en français) est celles des oeuvres de Yates que j’ai trouvé la plus subtile et la plus violente; elle supplante largement Un été à Cold Spring et Un destin d’exception romans que j’avais pourtant trouvés impressionnants de justesse.

En s’attachant à April et Frank Wheeler, à peine trentenaires et déjà si vieux, Yates déconstruit le mythe de ce couple apparemment parfait et s’invite insidieusement dans un quotidien tourmenté par des désagréments mesquins, un ennui croissant et un manque d’ambition devenu patent. L’écriture est d’une limpidité qui va à l’essentiel tout en cultivant des jeux d’images particulièrement fins.

Yates parvient ici à habiter chacun de ses personnages et à retranscrire la myriade de petits événements qui régissent la galaxie d’un couple. Le paysage qu’il dessine est authentique et sans fard, traduisant une compréhension des mécanismes à l’oeuvre dans la vie quotidienne d’un mari et de sa femme stupéfiante. Des imperceptibles changements que l’on perçoit dans l’attitude de l’autre aux habitudes qui cimentent une relation, Yates semble s’enfoncer toujours plus loin dans l’esprit de ses personnage, osant nous révéler ce qui se trame réellement en retrait de toutes les conventions sociales.

Car Revolutionary Road est un roman à propos des apparences. La fameuse fenêtre panoramique qui ouvre le salon des Wheeler sur le monde qui les entoure en est le symbole : à la fois point de vue sur le voisinage elle aussi l’écran dans lequel les personnages se regardent une fois la nuit tombée. Ouverture sur le paysage léché d’une vie en technicolor elle est aussi l’écran qui nous donne à observer les Wheeler dans leur milieu naturel. Elle incarne ce jeu de regards entre ce que l’on affiche publiquement et ce qui se déroule réellement derrière les portes closes.

Le roman a été porté au cinéma en 2009 sous le titre français « Les noces rebelles », avec Léonardo Dicaprio et Kate Winslet dans les rôles principaux. Je garde du film le souvenir plutôt vague d’une intrigue qui manque de profondeur. De loin je lui préférerais le roman, si j’avais à choisir. Pour aussi esthétique que le film soit il n’a pas les moyens de retranscrire sur l’écran la dimension intérieure des personnages qui donne son sublime et son dramatique au roman.

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