La recette du succès par Steve Hely

Comment je suis devenu un ecrivain celebre

 

« Comment je suis devenu un écrivain célèbre » est certainement un titre accrocheur. J’avoue avoir été instantanément intriguée par la possibilité d’une méthode miracle et comme le livre était vendu une bouchée de pain d’occasion j’avais potentiellement la recette du succès pour rien.

Dès les premières lignes en compagnie de Pete Tarslaw, l’anti-héros cynique, maussade et sans vergogne de ce roman, j’ai su que j’allais passer un bon moment.

Car Pete qui en a marre de vivoter, coincé dans une vie médiocre dictée par des non-choix est tout ce qu’il y a de plus marrant. Convaincu que tous les écrivains en vogue ne sont rien moins que des charlatans qui ont trouvé le bon filon, il décide de se faire sa place au soleil et entame donc la rédaction d’un roman. Plutôt que de se fatiguer à exprimer les turbulences intimes de son être torturé il se lance plutôt dans une étude de marché qui doit lui révéler ce que le lecteur moyen veut vraiment. Se succèdent alors déconvenues et intenses moments de découragement, jusqu’à ce que la succès arrive, sous une forme pour le moins inattendue.

Pour le peu d’attentes que j’avais vis-à-vis d’un roman inconnu qui promettait au mieux un bon moment et au pire quatre euros de perdus, je peux dire que j’ai été agréablement surprise. Tous ceux qui aiment la littérature et la fréquentent régulièrement ne peuvent qu’apprécier cette aventure burlesque. Abordant l’inévitable clivage entre la littérature « classique » et sa version commerciale, Tarslaw se frotte à tous ces micro-choix qui séparent un chef d’oeuvre atemporel d’un bestseller éphémère (même si certains romans accomplissent parfois l’improbable exploit d’appartenir à ces deux catégories en même temps).

C’est donc toute une dimension méta-littéraire que nous offre Steve Hely (l’auteur, le vrai) avec un humour décapant. De « comment construire une intrigue qui tienne la route » à « quels hallucinogènes prendre pour pondre un roman » l’auteur démonte tous les mythes et tous les fantasmes que nous entretenons sur la vie trépidante des écrivains.

L’essentiel c’était la confiance en soi. Mes camarades de classe ne l’avaient pas compris. Ils avaient tous une vision personnelle riche qu’ils peinaient à transcrire en mots. Ils essayaient de résoudre toutes sortes de problèmes, d’idées et de traumatismes intimes. Ils s’étranglaient à essayer de mettre tout ça dans leur prose. Mais ce n’était pas ça, le jeu. […] La clef c’était simplement d’avoir l’air profond. De distraire l’oeil.

La réflexion, qui est d’ailleurs posée sans avoir l’air d’y toucher, va jusqu’à tenter de décrypter les raisons d’un succès commercial, décryptant en quelques étapes le processus fascinant que suivent toutes les oeuvres qui « buzzent ». On découvre donc à l’occasion un format d’écriture peu conventionnel, fait de titres en gras et de listes d’événements.

A bien des égards ce roman est donc complètement improbable et je me félicite d’être tombée dessus par hasard. Dommage que l’on n’entende pas plus souvent parler d’oeuvres comme celle-là, qui sous couvert de divertir apportent néanmoins des vues rafraichissantes et décalées sur la littérature contemporaine.

 

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