Le lundi c'est raviolis avec Pierre Raufast

la fractale des raviolis

Lorsque j’ai reçu ce livre, il y a déjà un an, j’ai eu faim. A défaut de m’évoquer quelque chose, le mot « fractale » me laissait seule avec l’image d’un ravioli japonais (on ne renie pas ses préférences culinaires) en tête. Et puis j’ai lu la quatrième de couverture, la faim est passée et je ne me suis remise à table qu’il y a quelques jours, mise en bouche par quelques lignes lues à la sauvette un jour d’ennui. Je vous les livre :

Marc et moi étions mariés depuis plus de dix ans. A ma connaissance, pas une seule année il ne fut fidèle, y compris l’année des fiançailles. […] J’aurais dû prendre cette décision beaucoup plus tôt. Mais tuer son premier amour – fût-il le plus abject des êtres – mérite toujours un temps de réflexion, d’acceptation et de préparation.

Impossible de fermer le livre après ça, ma curiosité m’ayant tout fait lâcher pour connaitre le fin mot de l’histoire. Ou devrais-je dire des histoires.

Ce que j’ai découvert en plongeant par mégarde dans la Fractale des Raviolis c’est une longue succession de récits emboîtés comme des poupées russes : vous vous immergez dans le premier (cette sombre histoire de tromperie) et de fil en aiguille, aussi naturellement qu’une conversation un peu farfelue, vous en êtes à apprendre de nouvelles techniques pour tuer les rats-taupes.

Car chaque nouveau récit ouvre une multitude de possibles et suscite inévitablement à la fin sa propre parenthèse. La fractale des raviolis c’est une vieille dame qui ne boude pas son plaisir à vous raconter une anecdote et n’en finit pas d’ouvrir des récits-tiroirs avec une gourmandise non feinte, repoussant toujours plus loin le moment de vous en livrer le fin mot.

Le rythme ne laisse pas de répit, chaque récit n’excédant pas quelques pages. Ce que Pierre Raufast offre à chaque fois, c’est une version condensée d’une histoire possible, pratiquement une mini-nouvelle qui vient prendre sa place dans la chaine des récits, s’articulant à merveilles avec les autres.

Ce type de narration est totalement halluciné car débarrassé de toute vergogne et de toute timidité. Les intrigues, tout en restant crédibles, sont plus improbables les unes que les autres et vous traversez ces récits un sourire aux lèvres en vous demandant dans quel univers Raufast vous attirera ensuite. On y croise des personnages hauts en couleurs tour à tour voleurs, enfants perturbés à tendance sociopathe, gogodanceuses…

Moi qui déteste les nouvelles je crois être passée par tous les états avec cette oeuvre indescriptible : scepticisme, surprise, hébétude, rire, impatience et plaisir. Mais ce qui m’a le plus frappée c’est cette écriture jouissive et imaginative. Impossible de ne pas se sentir admiratif devant la débauche d’énergie déployée par l’auteur pour accrocher le lecteur dès les premières lignes et remettre sa crédibilité de conteur sur le tapis à chaque début de chapitre, comme une humble offrande. La petite note à la fin n’est donc pas une surprise : l’auteur y confie son amour pour les contes qu’il a inventé pendant des années pour ses enfants à l’heure du coucher. C’est cette générosité naïve et généreuse que l’on retrouve dans ses récits.

J’ai fini par pallier mes insuffisances et suis allée chercher la définition de « Fractale ». Le dictionnaire dit : « application particulière de la théorie du chaos ». Finalement tout se tient et fait sens : La Fractale des Raviolis c’est l’impossible désordre de la vie et des histoires entremêlées qui finissent par dessiner le paysage d’un univers de probabilités, où les récits se recoupent et les individus les plus farfelus se croisent.

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7 réflexions au sujet de « Le lundi c'est raviolis avec Pierre Raufast »

  1. Ah, cet article me rappelle que j’ai mis ce titre dans ma wishlist depuis un moment déjà ! La fractale ça m’évoque toujours le roman Jurassic Park puisque la théorie du chaos y est assez centrale. Et j’adore les nouvelles, que de bons points donc… Je vais vraiment devoir me laisser tenter ! Merci pour cette chronique 🙂

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  2. Merci pour cette belle critique ! (belle conclusion que j’ai du relire trois fois, preuve que c’est vachement profond et scientifique ! 🙂
    Pour cet article, mieux vaut tard que jamais 🙂 le second opus « la variante chilienne » sort le 20 aout…
    amicalement

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    1. Merci d’avoir pris le temps de lire mon humble critique. Je viens de relire la conclusion et effectivement, on ne respire pas trop le temps qu’il faut pour la lire !
      Je ne manquerai pas de remettre le couvert pour la version – épicée, je n’en doute pas – à venir 🙂

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    1. Exact pour le pluriel, j’imagine que le mot fonctionne sur le système d’accord italien ? Quel serait donc le singulier ? Merci pour ce détail et bonne lecture (que j’espère gourmande) !

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