Faut-il manger les animaux ? / Safran Foer

faut il manger les animaux

Lorsque vous tombez nez-à-nez avec ce titre qu’est-ce qui vous vient à l’esprit en premier ? Le titre est certes un peu moins provocateur en anglais (« eating animals ») mais suscite normalement la même réaction : voilà un livre écrit par un végétarien forcené qui va surement tenter de nous convertir à sa religion.

Nous avons cette réaction instinctive face à ce genre de contenus parce que, comme le dit Foer, la nourriture que nous mangeons est bien plus que de la simple nourriture qui nous permet de survivre. Elle est en réalité un ensemble complexe de valeurs et d’histoires qui nous relient au monde, à notre famille ainsi qu’à nous-mêmes. De fait, notre rapport à na nourriture est fait d’habitudes, de croyances mais relativement peu de rationalité. D’ailleurs l’homme est, au final, le seul être vivant qui puisse faire preuve de rationalité vis-à-vis de son alimentation, et décider de manger en fonction de ses croyances, et non de ses simples besoins physiques.

Voilà ce qui explique pourquoi nous sommes soudain si méfiants face à un livre qui promet déjà de remettre en question ce que nous tenons pour acquis et de nous montrer ce que nous refusons de voir. Car le livre de Foer, s’il n’est pas aussi vindicatif que la couverture la laisserait supposer, est un plaidoyer pour plus d’honnêteté envers ce que nous mangeons, si ce n’est qui nous mangeons, s’agissant des animaux.

Comment commencer l’histoire d’un parcours à la fois personnel – le parcours d’une vie- et celui pratiquement professionnel qui aura pris trois ans à l’auteur pour réunir assez de données sur l’industrie de la viande ? La question de la consommation de viande est si personnelle que c’est par l’angle de sa propre histoire que Foer entame son essai. Cette approche humoristique, sincère et vraie, parce que jalonnée de doutes et de questionnements, est ce qui donne son côté accessible à l’oeuvre.

Ici pas de dogmatisme militant, juste une exposition des faits tels que l’auteur les a mis à jour lors de ses recherches sur l’élevage des animaux voués à la consommation de masse. Les titres des chapitres sont volontairement accrocheurs et provocants, de même que certains procédés visant à illustrer de façon concrète ce que l’on peut avoir du mal à imaginer. Ainsi de ce trait noir qui cercle les pages de gauche et de droite dont on nous dit qu’il représente l’espace moyen dont dispose un poulet durant son existence en élevage.

Foer ne s’attache pas seulement à montrer en quoi l’élevage industriel des animaux que nous consommons sans même y penser (principalement poulets, porcs et boeufs) est une abomination, il revient également sur l’histoire de l’élevage et passe un temps considérable à parler des autres modèles, plus traditionnels et respectueux du bien-être animal, qui peuvent s’y substituer. Les voix les plus radicales qui s’élèvent de ce livre ne sont jamais la sienne et sa propre histoire – et ses propres moments de doute – prouvent s’il en était besoin que cesser de consommer de la viande n’est pas une décision facile.

Arrêter de consommer des animaux un acte qui va bien au-delà du fait d’arrêter d’absorber certains aliments. Cela touche à notre sociabilité, aux rites que nous avons instaurés avec nos proches, à notre façon de vivre ou non en cohérence avec ce en quoi nous croyons.

Malgré tout, se poser la question c’est déjà sortir du moule de notre propre histoire, de notre éducation et de nos habitudes pour commencer à considérer le sujet comme une question ouverte et non comme une fatalité voire un simple fait. C’est surtout ce questionnement que cherche à susciter Foer. Par des descriptions des méthodes d’élevage à vous faire froid dans le dos, par des témoignages d’hommes et de femmes qui défendent une autre vision de l’élevage, par des chiffres, des lois et un panorama engagé mais complet sur la question de la viande animale.

Seules l’ignorance et l’indifférence empêchent tout un chacun de prendre conscience de ces questions.

Pour l’éclairage rationnel et parfois philosophique qu’il apporte, l’ouvrage de Foer constitue à mon avis une bonne entrée en la matière pour qui souhaite ouvrir ce champ de connaissance. Le ton personnel, provocateur, humoristique, en un mot humain, de Foer anime la lecture d’un souffle qu’il ne laisse jamais verser dans le pathos ou le dogmatisme. A la croisée du journalisme, de la philosophie et du travail d’écrivain, ce livre est une somme de données et de réflexions qui s’adressent à nous tous.

Et vous, seriez-vous assez curieux pour lire un livre d’investigation comme celui-là ?

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2 réflexions au sujet de « Faut-il manger les animaux ? / Safran Foer »

    1. Je te le conseille vraiment, c’est bien mené et ça se lit sans peine ! Voilà pourquoi c’est une bonne entrée en matière : Foer sait parler aux récalcitrants / sceptiques / dubitatifs 🙂

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