Merci pour ce moment / Trierweiler

1579814-valerie-trierweiler-merci-pour-ce-950x0-1

 

Quand le scandale a éclaté et que la nouvelle de la sortie de ce livre s’est répandue, j’ai tout de suite su que je l’achèterais. Pourtant je suis peu friande des sorties récentes et encore moins de la rentrée littéraire.

Alors que les politiques prenaient position en affirmant ne jamais s’abaisser à le lire, je me suis plongée dans la lecture du livre de Valérie Trierweiler comme on feuillette fébrilement un magazine people. Me sentant faible et misérable tout en me demandant si la littérature n’est pas en soi un trou de serrure par lequel le lecteur prend plaisir à épier d’autres individus.

Trierweiler, elle, est complètement seule face à des lecteurs anonymes, sans visage, qui l’épient et auxquels elle livre son histoire, ses hésitations, ses failles intimes.

L’écriture d’abord n’est pas particulièrement travaillée. Cela révèle t-il que la valeur du livre ne réside pas dans le talent que l’on prête à son auteur ? Probable, car le style journalistique qui ménage de petits effets sans portée ni volume n’est jamais bien loin, les jeux sur les sonorités non plus. La construction reflète quant à elle la frénésie dans laquelle le texte semble avoir été rédigé. De nombreuses coquilles témoignent d’une certaine imprécision, d’une fébrilité qui trahit le besoin impérieux de s’épancher. La progression dans la chronologie des faits se cristallise autour d’un point de rupture : la révélation par Closer de l’affaire Julie Gayet. Autour de ce point névralgique tout semble s’écrouler pour laisser place à une incertitude que laisse transparaitre la succession de plus en plus erratique des anecdotes : le futur devient incertain, le passé est réexaminé à l’aune de la trahison.

Doté d’un style un peu plat et d’une construction bringuebalante, Merci pour ce moment aurait-il été publié si Valérie Trierweiler n’avait pas été l’ex-compagne de l’actuel président de la République ?

L’honnêteté nous souffle que non. Car ce qui pousse le lecteur vers ce que d’aucuns désignent comme un ramassis d’ordures, c’est la curiosité la plus primaire. Face au monument de mauvaise foi, de mensonges et de non-dits qu’érigent quotidiennement les politiques, Valérie Trierweiler ose opposer une vision des faits qui se veut sans fard.

Combien de fois dans l’histoire de nos gouvernants nous a t-on proposé de visiter les coulisses ?

On aura dit que par cet ouvrage elle se venge de la tromperie de Hollande et livre ainsi aux masses les secrets soigneusement cachés sous les tapis de l’Elysée. Est-ce si simple ?

Le livre de Trierweiler n’est probablement pas la vengeance que certains veulent y voir. Evidemment, oser dire ce qu’il y a de trivial entre un homme et une femme qui se sont aimés puis déchirés lorsque ces individus ne sont rien moins que le président de la République et sa compagne passe pour une vengeance. Pourtant toute la subtilité de la démarche de Trierweiler réside dans ce simple fait que beaucoup semblent n’avoir pas saisi : Valérie Trierweiler n’est qu’une femme que rien ne prédestinait, ni dans son milieu familial, ni dans ses ambitions, à être exposée et livrée en pâture à l’opinion publique.

C’est sa normalité et son intégrité qu’elle cherche par tous les moyens à racheter à travers ce livre. Sa normalité de femme amoureuse bafouée par celui qu’elle aime dans des proportions que le commun des mortelles n’imagine même pas. Sa normalité de femme à laquelle l’opinion à prêté toutes sortes d’attitudes, de manigances et de pensées qu’elle ne se connaissait pas. Ce besoin de reconnaissance est plus que flagrant quand les menues anecdotes parsemées de détails particulièrement précis et incongrus abondent. Le nombre de sacs de telle créatrice offerts à telle action de charité. Le nom de tels enfants aidés dans le cadre de projets humanitaires etc. L’accumulation de contre-histoires ordinaires en dit long sur le poids de l’histoire officielle imposée par l’Elysée.

La Valérie Trierweiler qui se livre ici n’a rien d’une vengeresse hystérique et impudique. Elle a le visage d’une femme qui aurait pu mener sa vie dans un quartier modeste sans jamais voir les affres de sa vie sentimentale étalées en Unes des journaux. C’est une femme qui a souffert de sa naïveté et de son intégrité dans le milieu tyrannique et compétitif de la politique.

Sa position unique d’ex-compagne d’un président encore en exercice fait d’elle une femme seule dont la condition n’est comprise ni partagée par aucune autre femme dans le monde. Son livre n’est pas à classer parmi les plus belles pages de littérature mais il n’a pas été écrit par amour de la littérature. Si l’écriture de ces lignes et l’empathie qu’elle suscitera probablement chez d’autres lecteurs apportent du réconfort à Valérie Trierweiler, il n’est pas besoin de chercher plus loin à quoi une telle oeuvre peut servir.

 

Publicités

3 réflexions au sujet de « Merci pour ce moment / Trierweiler »

  1. Nous n’avons pas acheté le livre, on nous l’a offert, mais nous ne l’aurions pas acheté. Certes, c’est l’histoire d’une femme qui a terriblement souffert, et nous étions prêtes à compatir. Mais pour de multiples raisons nous n’avons pas aimé le livre. Si vous voulez, venez lire notre point de vue.
    http://wp.me/p2H2o8-587
    Bonne soirée et peut-être à bientôt

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s