Chroniques martiennes / Bradbury

9782070417742

J’ai toujours voulu voir un Martien, dit Michael. Où ils sont, papa ? Tu avais promis. 
Les voilà », dit papa. Il hissa Michael sur son épaule et pointa un doigt vers le bas. 
Les Martiens étaient là. Timothy se mit à frissonner. 
Les Martiens étaient là – dans le canal – réfléchis dans l’eau. Timothy, Michael, Robert, papa et maman. 
Les Martiens leur retournèrent leurs regards durant un long, long moment de silence dans les rides de l’eau…

Voilà déjà cinq ou six ans que j’avais lu les Chroniques Martiennes, aussitôt classées dans le palmarès de mes romans préférés. A l’époque j’avais été marquée par l’atmosphère si spéciale de cette oeuvre pourtant fragmentée en 28 chroniques de longueur variable. Moi qui déteste les nouvelles, m’attacher à des personnages et les voir s’évanouir aussi subitement qu’ils sont apparus j’avais pourtant été subjuguée par le kaléidoscope d’histoires qui tournaient toutes autour de la planète rouge.

Fallait-il relire les Chroniques Martiennes ? OUI, définitivement !

J’avais souvenir de quelques scènes en particulier et d’une ambiance en général, mais j’ai été surprise de redécouvrir la finesse d’une écriture à la fois précise, captivante et poétique.

Les chroniques, qui s’étalent de janvier 2030 à octobre 2057 capturent les clichés de la vie sur Mars à partir de l’arrivée des premières fusées terriennes sur la planète. La trame est est d’une construction particulièrement délicate car sans proposer, à première vue, d’intrigue en particulier, elle suit néanmoins une progression qui se découvre au fur et à mesure, alors que les petites touches apportées par chacune des chroniques commencent à faire sens toutes ensemble.

Si le genre est évidemment celui de la science-fiction et plus particulièrement celui de l’anticipation, la vraie force de l’oeuvre réside dans le peu de moyens technologiques déployés. Vous ne trouverez pas d’inventions délirantes ou de recherches technologiques poussées mais la réutilisation de comportements et de faits de sociétés qui caractérisent déjà notre époque actuelle. Transposés dans un autre temps et sur une autre planète ces éléments prennent une dimension d’autant plus dramatique qu’ils sont parfaitement vraisemblables. La science-fiction devient alors la vision effrayante d’un futur potentiel à court-terme, dont les germes sont disséminés un peu partout dans notre présent. Tout ce qu’il y a de plus fascinant et d’inquiétant dans le genre en somme.

Bradbury excelle en ce genre, maîtrisant d’une main de maître des effets d’anticipation, de suspense, d’inquiétant. Pourtant le style n’est pas laissé de côté au profit d’un sensationnalisme bon marché. L’écriture est incroyablement fluide. Notamment parce que chaque chronique est construite comme un ensemble en soi, sur le modèle de la nouvelle. Un point de départ, un climax et une chute souvent très travaillée qui ne laisse pas indifférent. Mises bout à bout ces chroniques dessinent les contours d’une civilisation, d’une planète et d’une invasion, celle des terriens…

L’aspect anticipation de l’oeuvre se double d’ailleurs d’une poésie qui fait passer le simple exercice de science-fiction dans le domaine d’une réflexion pratiquement métaphysique :

A quoi pouvait bien ressembler l’odeur du Temps ? A celle de la poussière, des horloges et des gens. Et si on se demandait quelle sorte de bruit faisait le Temps, ce ne pouvait être que celui de l’eau ruisselant dans une grotte obscure, des pleurs, de la terre tombant sur des couvercles de boîtes aux échos caverneux, de la pluie. […] Le temps était de la neige en train de tomber silencieusement dans une pièce plongée dans le noir ou un film muet dans un cinéma d’autrefois.

Définitivement les Chroniques Martiennes font partie des livres qui m’émeuvent et me laisse un souvenir impérissable. Ces livres qui ont ce surcroît d’âme qui les différencie des simples histoires que d’autres racontent.

 

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4 réflexions au sujet de « Chroniques martiennes / Bradbury »

  1. Ton article me donne envie de lire ce livre, alors qu’à la base il me tentait moyennement. J’avais beaucoup aimé Farenheit 451, mais comme les histoires de martiens, c’est pas trop ma came, je n’avais même pas pensé à le lire.

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    1. Oui je comprends. Ca me fait toujours un peu peur les histoires trop fantasy mais pour le coup c’est plus une sorte de fable sur les hommes et leur manière de coloniser et d’imposer leur culture par la force.

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    1. Ce livre semble prendre d’autant plus de profondeur avec le temps, je suis d’accord ! L’ayant lu au lycée il m’avait aussi laissé un souvenir étrange, parsemé de détails très précis. Je pense que vous ne seriez pas déçues de le relire, il produit toujours son effet.

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