A la télévision les hommes parlent, les femmes écoutent ! / Bihel

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La télévision, miroir du monde ? C’est souvent l’image qu’on en donne. Si c’est le cas, elle est un miroir déformant, car les femmes sont à l’écran deux fois moins nombreuses que les hommes, au mieux. Et plus encore que dans le réel, ils incarnent le pouvoir, quand elles sont reléguées au foyer, voire réduites à leur physique. Ce livre montre comment la télévision, souvent à la traine de la société, participe à établir des normes. Ses acteurs en ont enfin pris conscience. Assez pour espérer qu’elle devienne un outil vertueux ?

Le titre de ce petit essai (à peine 70 pages) à le mérite de parler de lui-même ! Tout droit sorti d’une nouvelle collection consacrée aux questions liées à l’égalité hommes-femmes il brosse le portrait d’une des industries les plus machistes de notre pays : la télévision.

Construite sur un modèle hérité du début du vingtième siècle, la télévision actuelle, son lot de présentateurs et ses pratiques habituelles semblent avoir du mal à se réinventer à l’aune des revendications d’égalité qui agitent la société. Le constat que dresse Arnaud Bihan nous parle d’une télévision que le français moyen regarde plus de trois heures par jour. Une télévision qu’on regarde parfois sans y prêter attention, sans voir la somme de clichés sexistes qu’elle arrive encore à véhiculer.

Il y a pour commencer ces chiffres délirants : seuls 18% des experts qui s’expriment à la télévision sont des femmes, 41,2% des journalistes sont des femmes mais elles ne représentent que 22% des rédacteurs en chef et 10% des grands dirigeants.

Observons un instant la télévision durant trois heures, comme le fait le français moyen chaque jour. Qu’y trouve t-on ?

Dans les jeux télévisés les femmes sont rarement présentatrices. On les retrouve néanmoins parfois comme assistantes ou comme cautions féminines. Le parfait exemple de ce duo présentateur-assistante est à mon sens le couple formé dans la roue de la fortune par Christophe Dechavanne et Victoria Silvstedt. Nul besoin de les observer pendant des heures pour comprendre que Victoria Silvstedt n’est là que pour appâter le téléspectateur masculin avec ses tenues affriolantes. D’ailleurs son rôle est d’autant moins important qu’elle parle un français approximatif et ne fait que tourner les lettres.

Dans les journaux télévisés les femmes présentatrices semblent se partager plutôt équitablement l’affiche avec les hommes. Pourtant lorsque des experts sont invités pour débattre des sujets d’actualité brulants les femmes ont proportionnellement moins voix au chapitre que les hommes. Et quand un expert et une experte se trouvent en même temps sur le plateau l’experte dispose de moins de temps de parole que son confrère masculin.

Les séries, elles aussi tendent à renforcer les stéréotypes féminins / masculins. Mettant rarement en scène des femmes comme personnage principal elles renforcent une vision du monde où la sphère publique est l’arène des hommes quand les femmes sont souvent reléguées dans les limites de la sphère privée. Elles bénéficient là comme ailleurs d’une visibilité réduite qui les met peu en situation de décider ou de s’illustrer dans une profession.

La publicité quant à elle continue de s’appuyer sur son concept archaïque de « ménagère de moins de cinquante ans ». Cette attitude, si elle tend à évoluer est motivée par des intérêts économiques et est contrainte par le fait que les femmes soient des éléments déterminants dans la consommation des ménages.

Comment expliquer la persistance de tels constats alors que la parité hommes / femmes a pratiquement son ministère et que l’Etat, en tête, essaie de changer les choses ?

Aux racines du mal, les vieilles habitudes ont la vie dure : les femmes continuent d’être vues comme les épouses et mères que l’on attendait d’elles qu’elles soient il y a 85 ans, aux débuts de la télévision.

Les femmes souffrent par ailleurs du discrédit avec lequel elles sont traitées quand il s’agit de politique, de sport ou de sciences. Peut-être parce qu’elles sont d’abord jugées en tant qu’êtres sexués, sur leur physique, avant d’être écoutées pour leur savoir. Les hommes tendent à nier ce discrédit qui pèse sur les femmes dont on moque le physique, les rides ou les tenues, mais notre quotidien de 2014 nous en donne tous les jours l’exemple : femmes politiques huées à l’Assemblée Nationale, raillées pour leurs choix vestimentaires, poussées vers la sortie un certain âge atteint, les exemples ne manquent pas.

L’autre grande raison qui contribue à la pérennité des stéréotypes sexistes est la rentabilité économique. Que ce soit dans le domaine de la production des séries ou de la publicité, les producteurs sont frileux quand il s’agit de prendre des risques. Le plus souvent ils proposent des programmes qui correspondent aux attentes présumées du plus grand nombre des téléspectateurs. Retour à la case femmes au foyer et héros masculins pour bon nombre de productions. Malgré tout les nouvelles méthodes de productions et de visionnage des séries (streaming, internet, petites productions) permettent probablement l’accès à des contenus moins caricaturaux face à une télévision qui perd un peu de son hégémonie.

Ces constats sur une télévision archaïque n’empêchent cependant pas le gouvernement de mettre en place des études, moratoires  et autres conseils d’observations.Ni même de promulguer des mesures qui visent à réduire l’écart de représentation à l’écran entre femmes et hommes. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel dispose depuis 2013 d’un groupe de travail consacré aux droits des femmes et le groupe France Télévision s’était fixé la même année des objectifs chiffrés pour plus de parité.

Pourtant les chaines qui réalisent les meilleurs scores d’audience ne sont pas toujours les chaines nationales et il reste encore beaucoup à faire pour encourager, si ce n’est contraindre, les chaines privées à faire preuve du même état d’esprit quand leurs intérêts économiques ne coïncident pas toujours avec des considérations éthiques.

J’ai trouvé cet essai efficace et concis dans son propos. La progression est claire et les aides sont nombreuses :  des encarts « zoom » expliquent le sens des abréviations (nombreuses) et font de rapides retours sur certains faits. Sites, chiffres et dates clés en fin d’ouvrage donnent une vision plus analytique et complète des étapes marquantes dans la quête de plus d’égalité. C’est au final un essai facile d’accès pour s’ouvrir à la question de la parité hommes/ femmes.

A la télévision les hommes parlent, les femmes écoutent ! Collection Egale à Egal, Belin. 5,90€

Livre lu dans le cadre de Masse Critique sur Babelio.com

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2 réflexions au sujet de « A la télévision les hommes parlent, les femmes écoutent ! / Bihel »

    1. On peut complètement vivre sans. Je ne l’ai pas eue pendant des années et la radio me proposait des programmes complets, toujours intéressants (et rarement entrecoupés de pub!). Aujourd’hui j’en ai une à la maison mais elle sert plus d’écran pour les films qu’autre chose 🙂

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