Chevrotine / Fottorino

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Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin.

Alcide Chapireau, homme simple d’une cinquantaine d’années est malade et sent sa vie lui échapper. Il semble qu’il ait besoin de se libérer d’un secret et d’une culpabilité qu’il a jusqu’alors enfouis au fond de lui-même, laissant la poussière des années recouvrir le tout. C’est à sa fille, Automne, qu’il doit désormais se confier pour enfin révéler une vérité douloureuse. Mais quelle forme prendra cette confession en forme d’aveu ?

On le comprend dès le départ, le mobile de ce court roman est l’exhumation, pour Chapireau en même temps que pour le lecteur, des vieux cadavres du passé. Si il n’est d’ailleurs pas longtemps fait secret de l’innommable aveu que doit faire Chapireau, le roman prend en revanche le temps de mettre en place les étapes qui jalonnent l’accomplissement de la tragédie.

On retrouve un peu à cet égard la forme de la tragédie dans le théâtre classique : sa forme même impose qu’un personnage meure dans la pièce, tout le monde le sait dès le départ, mais parallèlement, on ne saisit qu’à l’ultime fin les mobiles mystérieux et compliqués qui président à cette mort attendue.

Il en va de même ici et c’est cette attitude d’attente qui tire le lecteur à travers le roman. Cette construction, si elle facilite l’avancée dans le roman, le dessert par moments. Cette forme de voyage vers le passé manque de profondeur à mon goût. Le prétexte de la lettre de confession que Chapireau souhaite écrire à sa fille est très peu exploité et semble faire office de mise en scène facile pour permettre un retour en arrière filé sur la longueur intégrale du roman. La lecture consiste donc à survoler des faits et des anecdotes qui constituent la trame mémorielle de Chapireau et conduisent à la compréhension complète de ce secret qu’il porte. L’écriture est sur ce plan plutôt fade, l’emploi d’un imparfait très scolaire figeant l’action dans la série des événements et tuant le potentiel angoissant du roman. Certains événements sont parfois décousus ou tirés par les cheveux et l’homogénéité de l’oeuvre s’en ressent parfois. Comme si l’ensemble avait été insuffisamment calculé, laissant exister des poids morts dans la narration.

Chapireau en lui-même est relativement vraisemblable et psychologiquement crédible. Je ne me suis pourtant pas sentie en empathie avec lui une seule seconde. Probablement parce qu’il reste assez inaccessible malgré le fait que la narration se centre sur sa vision des événements. Quelque chose continue de m’échapper dans ce personnage.

Le personnage de Laura, sa compagne et co-figure centrale du roman, en revanche, est travaillé dans les détails, et ces indices laissés au détour des anecdotes finissent par définir les contours d’un personnage véritablement profond, inquiétant et versatile. La force du roman tient à ce portrait en clair-obscur d’un personnage qui ne se révèle que progressivement, à la façon d’un polaroïd qui ne laisse apparaitre ses vraies couleurs qu’après un temps d’attente incertain.

La vraie subtilité de Fottorino est d’ailleurs probablement de nous laisser croire en une narration qui prétend replacer Alcide Chapireau au centre quand la forme même de l’action nous révèle qu’il n’est, un fois de plus, qu’un jouet entre les mains de Laura qui continue d’exercer sa tyrannie jusque dans ses souvenirs, le dépossédant de sa vie, encore et toujours.

Chevrotine fait partie de ces romans récents, dont la presse m’avait fait noter le titre sur un bout de papier, que j’ai eu l’opportunité d’acheter à un prix bien plus raisonnable que celui conseillé et dont la lecture m’a parue simple, rapide et agréable, sans pour autant laisser sur moi la marque d’une découverte fantastique.

 

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