Villa avec piscine / Koch

villa

 

Médecin réputé mais amer d’une banlieue chic d’Amsterdam, Marc Schlosser est convoqué par le Conseil de l’Ordre à la suite du décès d’un patient : l’acteur star, et ami, Ralph Meier, avec qui la famille Schlosser venait de passer les vacances. Tout l’accable, et la veuve, Judith, est tenace. Erreur médicale ? Meurtre ? Que s’est-il passé cet été-là, dans la villa avec piscine ?

Herman Koch nous avait déjà prouvé sa déroutante capacité à troubler. Le diner était un roman acide, perturbant par les questions qu’ils posait et auxquelles nous étions bien obligés de nous confronter. Un de ces romans dont on ne saurait trop dire si on l’a aimé ou non.

C’est sans surprise que l’on fait la connaissance, dès les premières lignes, d’un médecin généraliste amer dont le regard acide impose aussitôt au roman une forme sans concession. Des comparaisons toujours calibrées au millimètre aux analyses psychologiques aussi fines que percutantes, Koch confirme ici l’acuité de son regard d’écrivain. On pourrait s’attarder quelques instants sur toutes les tendances latentes rebutantes chez le docteur Schlosser : misogynie ordinaire (justifiée par de pseudos faits biologiques), prétention sans borne et dégoût des autres. Pourtant c’est justement ce regard acéré qui donne son rythme et son intérêt au roman. La narration à la première personne nous confronte de plein fouet à ce personnage atypique qui détient le secret de l’intrigue au moment où il la développe, l’autorisant à de nombreuses anticipations du type : « Plus tard je me suis souvent demandé la tournure qu’auraient prise les choses si… » ou

J’ai fait ce que j’ai fait. Si c’était à refaire je m’y prendrais exactement de la même manière, disent les gens pour justifier leurs propres gestes précipités. Moi pas. Je ferais tout autrement. Tout.

La construction de l’intrigue est à cet égard un chef d’oeuvre pratiquement cinématographique. Un subtil jeu d’anticipation et de flashback se met en place durant les premiers chapitres alors que le docteur Schlosser évoque des scènes qui ne seront pleinement narrées qu’à la fin du roman. Koch distille de précieuses informations tout au long du roman et laisse s’ébaucher librement dans nos esprits les contours d’une intrigue haletante. La suite du roman ne consiste dès lors qu’a répondre à ces questions, ces suppositions du lecteur, et de boucler la boucle pour finalement revenir sur les scènes du début. Tout l’art de l’auteur passe par cette capacité à jouer sur l’effet de répétition, de surprise et de suspense.

De façon moins perturbante que dans Le diner, on retrouve, ici aussi, le rapport problématique entre moralité et parentalité. Comment concilier instinct biologique de préservation de l’espèce et principes moraux dictés par les lois ? Les parents doivent-ils seulement agir dans le cadre d’une moralité définie par les besoins de leurs enfants ? Est-ce que la soudaine nécessité, vitale, impérieuse, de défendre ses petits justifie l’animalité de parents capables de tout ?

Villa avec piscine est un roman brillant, haletant, qui n’épargne pas le lecteur et se garde jusqu’à la dernière page toutes les portes ouvertes. Koch y excelle dans l’usage fluide, limpide d’une langue efficace aux effets calculés et prouvés.

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