Un été à Cold Spring / Yates

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Après l’échec cuisant d’un premier mariage, Evan Shepard voit en la jeune Rachel Drake, joyau fragile d’une famille névrosée, la chance d’un nouveau départ. Mais, au cours de cet été 1942 à Cold Spring, la vie, la guerre et le poids des liens familiaux l’aideront à mesurer l’ampleur des désillusions à venir…

Les premières lignes lues se changent rapidement en pages et c’est sans effort que l’on se fraie un chemin dans l’écriture fluide et sans artifice de Richard Yates.

Sous nos yeux il déroule avec une efficacité et une concision surprenantes la vie d’Evan Shepard, 17 ans à la fin des années 30. Sans le quitter des yeux, l’écriture explore par petits cercles les relations familiales et amicales qui situent Evan dans un contexte et une histoire et dresse autour de lui le portrait d’une Amérique bientôt en guerre.

Du mariage d’Evan avec sa première petite amie qu’il épouse alors qu’elle est enceinte, à sa rencontre fortuite avec celle qui sera sa seconde femme, rien ne semble arrêter l’attention de l’auteur qui continue de dérouler les événements comme s’ils n’étaient que le prétexte de quelque chose de plus grand à venir. L’écriture de Yates donne ici le sentiment d’une distance et d’un sentiment désabusé. Toujours concise, elle semble tendre vers autre chose : comme si ce roman n’était que l’introduction qui vise à situer les personnages et à résumer leurs choix.

Le choix, d’ailleurs, ne semble pas être une option que les adolescents de 1940 ont le luxe de s’offrir : famille protectrice qui préside au bien-être de ses enfants (autrement dit : qui décide quelles options sont socialement acceptables), nécessité de déterminer rapidement quel métier exercer et menace de la grossesse à chaque amourette. A chaque minute de leur existence, les adolescents sont guettés par le risque d’engager leur futur sur une voie sans retour. Il est alors trop tard pour reprendre des études, commencer une carrière, déménager, devenir quelqu’un d’autre. Tant de voies désormais sans issue pour des individus dont la vie d’adulte commence sur des regrets.

Le cinéma avait ceci de merveilleux qu’il vous sortait de vous-même tout en vous donnant l’impression d’être pleinement là. Si tout dans le monde vous rappelait sans cesse, à chaque coin de rue, que votre vie n’était que confusion et insatisfaction cuisante, et que la terreur menaçait en permanence d’envahir votre coeur, ces pensées s’évanouissaient presque toujours, ne serait-ce que l’espace d’un instant, quand vous vous retrouviez assis dans la fraîcheur parfumée d’une salle de cinéma.

C’est donc le triste ballet de personnages un peu amers, que l’espoir n’a jamais tout à fait quittés, qui se joue. Des illusions cultivées toute une vie durant aux petites frictions quotidiennes entre membres de la famille, Richard Yates impose sa fine analyse psychologique et son sens du dialogue.

Un été à Cold Spring est un roman grisant, brillant. Une parenthèse dans la moiteur de l’été, au coeur de la vie ordinaire de cette classe moyenne américaine que Yates est réputé pour avoir mise en scène dans son oeuvre. Il est également l’auteur de Revolutionary road, adapté au cinéma avec Dicaprio et Winslet sous le titre Les noces rebelles.

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7 réflexions au sujet de « Un été à Cold Spring / Yates »

  1. Merci pour cette découverte ! 🙂
    Vu la traduction du titre (excellente je trouve) et le bien que vous dites du style, je me permets de mentionner le nom de la traductrice : Aline Azoulay-Pacvon. Bravo à elle aussi !

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  2. Bonjour ! Alors suivant ton conseil je viens de le lire, j’en parlerai bientôt; En attendant, j’ai un avis mitigé : la précision et la concision de la plume font qu’on ne s’ennuie pas, et cette classe moyenne est assez bien décrite en effet ; Cela dit, je ne suis pas sûre de le trouver pour autant brillant, ni surtout pas grisant. Pour moi, c’est un peu du zola sans l’étincelle qui fait passer la lecture de pas désagréable à agréable et marquante.
    Je n’ai pas passé un mauvais moment, mais en ai-je passé un bon…? Je ne suis pas encore sûre 🙂
    En tous cas j’ai été ravie de découvrir cet auteur qui me tentait, je vais voir avec le temps comment évoluent mes impressions !

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    1. Merci pour ton retour ! C’est toujours intéressant de confronter des avis. Je peux comprendre que ça t’aie fait cet effet, l’intrigue n’est pas prenante au point de dévorer le livre. J’avais adoré l’atmosphère mais je me sais sensible à cette époque en particulier, j’imagine que c’est une question de goût et d’attentes. Pour le coup, j’ai eu le même sentiment que toi face à Un destin d’exception du même auteur… J’espère ne pas t’avoir dégoûtée de Yates malgré tout 🙂

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      1. Non ne t’inquiète pas : Tu ne m’as pas dégoutée dans le sens où je ne regrette pas de l’avoir lu ; en revanche j’ai encore tellement d’auteurs à découvrir auxquels s’ajoutent ceux qui m’ont vraiment impressionnée, que je ne pense pas relire Yates de sitôt 🙂

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