Pas son genre / Belvaux

pas son genre

Voilà un film qui sentait l’histoire d’amour bien vaillante qui fait fi de tous les déterminismes sociaux pour nous prouver qu’en amour tout est possible, même la réunion des opposés : ici la coiffeuse et le professeur de philosophie.

Avec une bande-annonce qui annonce les traditionnelles montagnes russes de l’amour au cinéma, je craignais le traditionnel roller-coaster du scénario qui fait un peu ceci : coup de foudre-relation-qui-démarre-en-trombe-trahison/déception/malentendu-rupture-traversée-du-désert-et-réconciliation-en-forme-de-révélation.

Pourtant Lucas Belvaux réussit ici un tour de force intéressant qui s’appuie sur une rénovation des ingrédients cruciaux de la comédie romantique : Les personnages ne sont, pour une fois, pas caricaturaux et proposent une autre vision du coup de foudre. En guise de coup de foudre, Belvaux propose ici une rencontre sympathique et imprévue qui ne déclenche pas des débuts passionnés mais plutôt des attitudes réservées. Lui n’est à Arras que trois jours par semaine et elle a son métier, sa bande de copines et son fils. En 2014, la genèse du couple est dépeinte comme un processus lent qui résulte, parfois, du bonheur d’être ensemble au delà de la simple amourette qui tombe bien et permet de passer le temps.

D’ailleurs, point de vue caractères c’est la rencontre du chaud et du froid, la pétulante Jennifer (Emilie Dequenne) n’attendait probablement pas de rencontrer un Clément (Loïc Corbery) qui ne s’habille qu’en noir et ne lui offre que des livres. Les acteurs sont d’ailleurs fantastiques dans la défense et l’illustration de leur propre mode de vie. L’intrigue, du coup, se place sur un autre plan, le délicat terrain des différences de classes sociales. Elle parvient, avec un bonheur rare, à s’amuser des clichés propres à chaque milieu, sans tomber dans la caricature offensante. La coiffeuse aime Jennifer Aniston, croit aux horoscopes et aime lire Anna Gavalda. Le professeur de philosophie est un parisien prétentieux qui suffoque une fois franchie la grande couronne et va lire sa philosophie dans le café des Deux Magots (à Saint-Germain, le quartier des philosophes since 1945).

Pourtant, point de grande leçon d’apprentissage pour eux. Le philosophe ne découvre pas soudainement qu’il adore la province et la coiffeuse, si elle lit Dostoievsky, préfère encore aller faire un karaoké avec ses copines le week-end. Comme dans la vraie vie, il n’y a pas de morale, pas de leçon et encore moins de révélation aux antipodes de ce avec quoi les personnages ont toujours évolué. La tension crée par la différence de références culturelles et personnelles entre Loïc et Jennifer est une bouffée d’air frais dans le paysage de la romance au cinéma. Peut-être qu’il ne suffit pas de le vouloir pour parvenir à concilier des opposés.

Sans ériger, jamais, l’un ou l’autre personnage en modèle (les qualités comme les défauts sont bien répartis), le réalisateur met à jour le malaise inhérent et imperceptible de cette relation qui parait de plus en plus impossible. La fin, sublime n’est que le résultat de ce long questionnement auquel chacun trouvera se propre réponse. En fonction de sa sensibilité.

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