Is the man who is tall happy ? / Gondry

michelgondry-tallhappy

 

Le dernier Gondry est un film inclassable. Ce projet colossal, qui sort en salles à la fin du mois d’avril (sur un nombre de copies limité), est le travail de plusieurs années et aura occupé le réalisateur en parallèle de plusieurs autres de ses films comme L’écume des jours.

Il y au départ l’envie de Michel Gondry de rencontrer Noam Chomsky, célèbre linguiste et philosophe américain, et de réaliser autour de cette rencontre un film entièrement animé à la main, à la manière des vieux dessin-animés. Le projet se précise et en 2009 le réalisateur se lance dans cette aventure.

L’idée est belle et ambitieuse : déjà parce que Chomsky n’est plus tout jeune (85 ans), qu’il n’est pas si facile que ça de l’approcher et que par ailleurs le projet se révèle être une colossale montagne de travail à réaliser. Par ailleurs, les connaissances de Gondry quant aux théories de Chomsky sont pratiquement nulles, son anglais est hésitant, son accent une vraie torture.

A travers leurs sessions d’interviews se noue donc une conversation humaine et sensible qui s’articule autour du parcours personnel de l’intellectuel et de ses théories sur le langage, la connaissance, la science. Des premiers souvenirs de Chomsky à ses recherches les plus récentes, Gondry en dresse le portrait incomplet mais sincère. Aux mots de Chomsky, Gondry répond par des images et c’est ainsi que se noue le véritable dialogue, alors que chacun déploie l »éventail de ses propres compétences, dans espace fantasmé.

Car alors que le fil des mots se déroule, à l’écran les images ont leur propre vie. De temps à autre une fenêtre s’ouvre et le visage de Chomsky apparait mais cela ne dure que quelques secondes car la vieille caméra choisie par Gondry ne peut filmer que de brèves séquences. Comme sur une ardoise magique l’imagination du réalisateur se débride et les formes évoluent, constituent des images et apparitions vite évanouies. Cette dimension poétique donne aux mots qu’elle accompagne une résonance et une profondeur qui évoque celle des rêves : tout y est parfaitement net en même temps que vaporeux.

Pourtant dans la réalité de la salle qui abrite les échanges entre le réalisateur et le scientifique les choses sont moins simples : Chomsky semble parfois agacé ou fatigué des questions et remarques de Gondry alors que ce dernier est freiné par son anglais imparfait et hésitant. Ses tentatives de nouer un réel dialogue en lieu et place d’une simple interview se soldent par l’irruption de ses propres souvenirs. Il a du mal à se faire comprendre et traduit cette frustration dans le film qui a parfois des accents de journal de bord.

En même temps qu’un documentaire animé ou d’une animation documentaire, ce travail est l’aboutissement d’années de travail, de doutes, d’obstacles et d’immenses satisfactions. Il est l’espace de l’écran investi par l’humanité du réalisateur qui se permet parfois une réflexion sur son propre travail.

 

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