La petite foule / Angot

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Ce sont des hommes, des femmes, ils sont jeunes, vieux, ou entre deux âges, riches, puissants, pauvres, ou ni l’un ni l’autre, Christine Angot les passe, en radiologue du genre humain, à son laser, croisant leurs similitudes et leurs différences, perçant à jour leurs caractères, leurs solitudes, leurs émotions.

Déjà bien avant sa sortie en librairie, deux semaines en arrière, le dernier roman de Christine Angot faisait parler de lui : articles dans Le Monde des livres, Télérama etc. J’avoue avoir été rendue curieuse par le projet de l’auteur qui me touche d’autant plus qu’il est universel : qui ne s’est pas demandé un jour à quoi pouvait ressembler la vie de ces anonymes que l’on croise quotidiennement dans le métro ? Il est d’ailleurs si tentant de les regrouper sous des titres génériques comme le fait l’auteur, dans un effort rassurant pour catégoriser ces caractères inconnus qui nous entourent : « les nouveaux parisiens », « l’intellectuel laid », « la retraitée du textile »…

Durant les quelques semaines qui ont séparé sa promotion dans la presse de sa sortie, j’ai été impatiente de pouvoir me le procurer. De critiques négatives je n’en ai trouvé qu’une seule. Y est abordé un passage à la fin du roman : « Les oiseaux ». Passage qui a également servi d’exemple à Natacha Polony hier soir dans l’émission On n’est pas couché pour démonter le dernier-né de l’auteur, déjà pas mal controversée.

Pourtant, on ne peut pas dire que j’aie été influencée par tout ce tapage. Je n’ai pas vu l’émission en question et je n’étais pas au salon du livre où Angot dédicaçait son travail ce samedi. Alors ?

En ce qui me concerne cette lecture s’est révélée pénible et finalement usante.

Dans un premier temps je rencontre de grandes difficultés pour définir les contours de cette oeuvre qui prétend toucher à l’essence de l’humanité : s’agit-il d’un roman ? S’agit-il d’un essai qui vise à mettre en scène les acteurs du quotidien ? S’agit-il d’une réflexion philosophique ? Le champ d’action de l’oeuvre est problématique en soi mais c’est en cela que la démarche m’avait semblée intéressante. Puisque l’écrivain met toujours dans ses oeuvres des fragments de réalité, afin de substituer à la vérité la vraisemblance, pourquoi ne pas carrément faire une oeuvre sur toutes les sources d’inspiration que l’auteur rencontre sur son chemin ? Autrement dit : les personnages en puissance qui inspireront peut-être l’auteur.

Jusque là tout allait bien. Les premiers chapitres, courts, se succédaient, j’étais assidue. Et puis rapidement ont surgi des difficultés. Le fait que les personnages ne soient jamais nommés, pour commencer, rendait difficile la compréhension d’une action qui était elle-même complexe à appréhender.

Il faut s’imaginer que toutes les deux ou trois pages le lecteur rencontre de nouveaux individus, dans de nouvelles circonstances. Les scènes sont en elles-mêmes des plus triviales : une conversation, deux personnes qui marchent ensemble dans la rue, un couple qui converse etc. Les personnages ne font que passer comme des étoiles filantes, sans nom (« la femme » ou « l’homme » permettent de les différencier mais il est parfois difficile de suivre), sans histoire, ni passé ni futur.

On sent parfois que ce choix de l’anonymat est dicté par le fait que ces situations sont réelles et qu’elles impliquent des individus qui gravitent autour de l’auteur et son petit univers de l’édition ou les intellectuels français font bien plus d’apparition ici que les individus comme vous et moi. Il s’agit de ne pas trop en dire et éviter un autre procès pour exposition de la vie privée d’autrui.

Le passage incessant d’une situation à une autre se révèle extrêmement éprouvant pour qui essaie d’adhérer à une oeuvre. Constamment il faut déchiffrer la situation et en comprendre les contours pour enfin se couler dedans, au moment où l’auteur nous mène vers autre chose. Par ailleurs j’ai fréquemment eu la sensation que l’auteur cherchait à gonfler artificiellement la taille d’un passage. Peut-être est-ce simplement le style d’Angot qui m’insupporte mais de nombreuses déclinaisons d’une même actions en quatre ou cinq phrases très proches sémantiquement et stylistiquement ont achevé de me fatiguer.

La pauvreté des dialogues, la non construction d’une intrigue de quelque sorte que ce soit, le style mécanique me font finalement dire que ce qui aurait du être une entreprise innovante dans le champ de la littérature s’avère être en réalité le degré zéro de cette dernière. Il y a la matière première du roman, amassée dans 254 pages qui n’évoquent rien au lecteur si ce n’est le roman que l’auteur aurait éventuellement pu en faire.

Seul point intéressant : l’auteur que l’on rencontre au détour de « l’écrivain en herbe » qui relate les circonstances dans lesquelles Christine Angot s’est mise à écrire. Et les quelques faits de la vie intellectuelle française qui évoquent des événements réels. Au détour de « la documentariste » je crois reconnaître un documentaire diffusé l’année dernière pour la journée de la femme.

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2 réflexions au sujet de « La petite foule / Angot »

  1. Nous n’avons jamais été tentées de lire cette auteur qui s’ingénie à provoquer des tempêtes dans le verre d’eau germanopratin. Ni ses prestations télévisées, ni la lecture d’extraits de ses « oeuvres » sur France-Culture, ni les critiques en général ne nous y ont incitées. Votre critique nous porte à croire que nous n’avons rien raté

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    1. C’est triste oui mais cela résume bien la chose : beaucoup de bruit pour pas grand chose. Une occasion de plus de se tourner vers les classiques de la littérature française et de laisser les contemporains trouver tranquillement leur voie vers ce panthéon.

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