Gloria / Sebastián Lelio

gloria

Avant d’aller  le voir j’avais vaguement compris de ce film qu’il traitait de la cinquantaine heureuse de ces femmes qui, débarrassées des responsabilités inhérentes à la maternité, profitent de leur liberté retrouvée pour (se) plaire et profiter de la vie. Un article du Figaro de la semaine dernière montrait Paulina Garcia,l’actrice principale, au lit avec sa conquête, un verre de vin à la main, et titrait quelque chose comme « de la piste de danse au lit il n’y a qu’un pas ».

Je ne m’attendais donc pas à voir un film aussi subtil dans le dosage des émotions des personnages et donc des spectateurs.

Le visage de Paulina Garcia est une toile sur laquelle se peignent des émotions intenses jouées avec brio. De l’éclat qui émane de sa personne lorsqu’elle sourit, au regard vague et triste qu’elle laisse roder autour d’elle l’actrice est stupéfiante d’arriver à communiquer tant avec si peu de mots. Paulina Gracia primée au festival de Berlin, au hasard.

De fait le film est extrêmement délicat dans sa manière d’aborder les hauts et les bas de la cinquantaine, cette période de la vie d’une femme à la croisée des chemins. C’est le retour aux envies de jeunesse après la fin d’une vie de famille explosée par le divorce et l’envol des enfants. Tout à coup la solitude au détour des engagements qui prennent fin. Les belles rencontres s’improvisent aussi puisque tout devient possible mais rien n’est simple lorsqu’il s’agit de reconstruire un couple sur les vestiges de vies déjà bien vécues.

Le film ne manque pourtant pas d’humour, à l’image du personnage de Gloria, complètement attachant et émouvant. Comme No que j’avais également adoré de Sebastian Lelio l’année dernière et qui proposait dans le paysage cinématographique français l’originalité d’un point de vue chilien sublimé par une manière de raconter les choses tout en pudeur et subtilités.

Je ne peux que saluer le parti pris de s’intéresser enfin aux femmes normales qui arrivées à la cinquantaine/soixantaine entrent fatalement dans une zone d’ombre où il devient difficile de justifier leur existence dans le cadre d’une société promouvant sans cesse la jeunesse éternelle et rayonnante, et ce alors qu’elles se sont déjà acquittée de leur devoir de procréation. Leur destinée biologique accomplie, il leur faut se réinventer en tant que femmes qui s’assument et qui aspirent à s’épanouir.

Les réactions de gêne voire d’hilarité moqueuse dans la salle révèlent une vision de la société qui est encore mal à l’aise avec la représentation d’une vieillesse en devenir qui refuse d’être stigmatisée et empêchée de vivre sous prétexte de ne plus avoir la jeunesse.

Vivifiant et émouvant.

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