Dolce agonia / Huston

dolce agonia

Dieu, qui se prend sans doute pour un romancier, se livre ici au malicieux plaisir de nous montrer, au début de chaque chapitre, vers quel destin s’acheminent à leur insu douze convives qui passent ensemble une soirée de Thanksgiving dans l’Amérique profonde. Ces convives, campés avec l’autorité que leur donne une romancière rompue à l’art de révéler le vertige des pensées et la valse des sentiments, conversent sur la naissance et la mort, ils discutent de l’existence et de l’amour, ils déballent leurs espérances et leurs désillusions […]. Mais le lecteur, averti du sort qui les attend, assiste à leurs manèges avec, dans sa conscience, le poids d’une vérité qu’il est incapable de leur transmettre. Peu à peu apparaît ainsi l’étrange relation que le roman entretient parfois avec notre propre vie.

Cette quatrième de couverture est exhaustive et non contente de nous présenter un résumé de l’action, elle nous propose aussi son analyse…

Effectivement, Dolce Agonia est le récit d’une soirée à laquelle participent de plus ou moins vieux amis, dont les vies sont liées par de nombreux souvenirs et anecdotes.

D’une manière assez similaire à celle également utilisée dans Le diner de Koch, le récit est découpé en chapitres correspondants au déroulement chronologique de la soirée, de la préparation du repas au digestif. En parallèle le roman est également découpé en plus petits chapitres – ce sont des apartés- correspondant chacun à un des convives. Huston y fait s’exprimer Dieu (en personne) sur la manière dont ce convive trouvera la mort à plus ou moins brève échéance.

Je me suis d’ailleurs demandée si Huston avait un différend à régler avec Dieu tant j’ai trouvé le parti pris audacieux (mais la réalisation médiocre). Le Dieu de Nancy Huston est mesquin, cynique et arrogant, exactement tel que nous nous le figurions aisément quand, adolescents, nous nous insurgions contre tant de malheur dans le monde, nous représentant Dieu tel un « enfant jouant avec une loupe au dessus d’une fourmilière ».

Pourtant ces parties où Dieu est le narrateur sont probablement les plus intéressantes du livre; elles apportent du rythme à un roman qui en manque par ailleurs. L’idée de la grande fresque des esprits et des souvenirs était effectivement ambitieuse mais aurait nécessité une exécution au millimètre près. Au lieu de ça, la narration se perd sans arrêt, passant d’un personnage à un autre toutes les dix lignes pour un voyage solitaire dans la mémoire de la personne concernée.

Le nombre de convives pose également un problème. On nous rappelle de façon maladroite en tout début de roman, qui fait quoi et qui est en couple avec qui alors qu’on aurait pu être en droit d’attendre des 500 pages de ce roman qu’elles nous l’apprennent de manière naturelle. Très rapidement je me suis trouvée débordée par le nombre de personnes, la confusion des noms, des histoires, des parcours, des pensées. Généralement ce genre de flou artistique se dissipe au fur et à mesure qu’une intrigue s’installe et que les personnes se campent avec distinction, mais pas ici.

J’imagine que derrière ce roman existe un réel travail pour déterminer en amont la vie de chaque personnage. Chacun porte en soi une sorte de roman que le narrateur ouvre épisodiquement pour nous en laisser suivre un épisode de plus. Il y a là une tension qui aurait pu être mieux exploitée afin de créer de l’attente du côté du lecteur. En réalité toutes ces intrigues ne convergent pas, il n’y a ni chute ni point culminant, rien que des histoires individuelles qui se déroulent dans la tête de chacun et ne se rencontrent que rarement.

La réelle préoccupation de ce roman, celle qui transparait en filigrane, c’est la mort qui nous attend tous, et avant elle la vieillesse et la solitude. Que l’on connaisse la façon dont chaque personnage mourra ne manque pas de mettre en avant le caractère fugace mais aussi futile, parfois, de la vie. Je trouve d’ailleurs que la vision de Huston est particulièrement pessimiste à ce sujet. Il est logique qu’arrivé à un certain âge le nombre de disparus dans une histoire individuelle soit important mais de là à proposer un Alzheimer, des victimes de Tchernobyl, un frère décédé, un enfant mort par overdose, deux cancers… je trouve ça invraisemblable.

Finalement c’est à travers son propre personnage que Nancy Huston exprime le mieux son inquiétude :

Les choses les plus importantes font défaut, se dit Rachel, dans les livres que l’on écrit et qu’on enseigne. Si peu d’entre eux évoquent le déclin du désir. L’enlaidissement, la fragilité, l’effroi. La douleur qui nous obstrue la gorge.

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