Invisible / Auster

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New York, 1967 : un jeune aspirant poète rencontre un énigmatique mécène français et sa sulfureuse maîtresse. Un meurtre scelle bientôt, de New York à Paris, cette communauté de destins placés sous le double signe du désir charnel et de la quête éperdue de justice.

Pour avoir lu déjà quelques romans d’Auster je dois dire qu’Invisible n’est pas celui qui m’a donné le plus de frissons, en revanche, c’est celui qui de loin tente le plus des réflexions sortant du cadre de l’intrigue et portant sur le champ d’action du roman en particulier et de la littérature en général.

Walker est étudiant en littérature dans le New York des années 60. Francophile, cultivé et un peu perdu dans la tourmente de sa nouvelle vie d’adulte, il rédige ses mémoires de l’année 1967.

Le roman s’ouvre sur la première section de ce récit : celle consacrée au printemps. Lui succèderont l’été et l’automne.

Soudain le récit que l’on croyait principal se trouve relégué au second plan dans une mise en abime surprenante. Un roman dans le roman et le bouleversement des rôles que l’on croyait acquis depuis la toute première page.

Ceux qui aiment les expériences méta-littéraires seront servis. Auster tente de nouvelles expériences dans le laboratoire de la vie qu’est la littérature, questionnant les frontières poreuses qui séparent la fiction de la réalité.

La mémoire écrite fait également l’objet d’une étude de l’auteur : récits de vie et extraits de journaux sont confrontés à la mémoire d’homme : les deux ne coïncident pas mais où est la vérité ? Est-elle dans les mots, dans la narration où est-elle nécessairement tapie dans le corps voué à la mort de celui qui la détient ? Après la mort, la mémoire s’évanouit et le récit, aussi falsifié soit-il, prend le relai, redéfinissant la mémoire et le souvenir.

Entre Paris et New York Auster s’applique à nous balader dans les remous d’une intrigue prenante avant de finalement se jouer de notre crédulité et d’instiller le doute dans nos esprits. Après tout, le roman n’est qu’un produit de l’imagination, les parcelles de vérité y sont isolées, devenues méconnaissables à force de travestissement.

Cette réflexion donne de la profondeur à Invisible, l’extrayant des bas-fonds du divertissement littéraire pour un faire une vraie expérience et une enquête passionnée sur le pouvoir des mots. On retrouvait déjà cette fascination de l’auteur pour le langage dans un des triptyques de la Trilogie New Yorkaise. Il y mettait en scène une expérience atroce : un enfant élevé dans une pièce obscure, sans contact verbal avec d’autres humains. L’expérience devait révéler l’existence ou non d’une langue naturelle (la langue de dieu) que l’homme connaitrait si on l’affranchit des conventions de nos langues usuelles. On retrouve ici ce questionnement et la certitude que sans la langue il n’est pas de pensée. Sans cerveau pour la développer il n’y a pas de langue. Et donc la pensée se trouve donc résulter d’une compétence physique. En deux mots tout le cartésianisme s’effondre.

Le doute méta-littéraire n’est malgré tout pas aussi bien amené que dans d’autres œuvres (je pense notamment à La contrevie de Roth) et aurait pu faire l’objet de plus de délicatesse et d’attention. L’entreprise manque de souffle et semble ne pas exploiter à fond les possibilités que recèle ce genre d’exercice.

Une belle tentative de la part d’Auster qui s’affranchit de quelques uns de ses thèmes de prédilection sans réussir à aller jusqu’au bout de sa démarche littéraire.

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