Lou – Histoire d'une femme libre / Giroud

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D’une grande beauté, d’une intelligence supérieure, Lou Andreas-Salomé, née à Saint-Pétersbourg en 1861, a été l’une des célèbres séductrices de son temps. Nietzsche, Rainer, Maria Rilke en ont été follement épris, Freud a succombé à son charme. L’étonnant est que, si elle aimait les hommes et leur compagnie, elle n’a pas toléré, avant trente-cinq ans, qu’ils l’approchent physiquement. Ce qui, loin de les décourager, les rendait, comme Nietzsche, fous de désir.

Curieusement, bien que des milliers de pages aient été consacrées à Lou dans toutes les langues, ce qu’il faut bien appeler cette infirmité est à peine effleurée, jamais élucidée. C’est un trou noir. Françoise Giroud avance à ce sujet une hypothèse, qui éclairerait le mystère de cette chasteté frénétique.

La quatrième de couverture, très aguicheuse et sensationnaliste,  voudrait nous vendre l’histoire impressionnante d’une femme extraordinaire au tableau de chasse incroyable et dont, comble de l’inculture, nous aurions raté l’existence.

Voilà une bien grande ambition que de prétendre présenter une nouvelle vision de la vie de Lou Andreas-Salomé en seulement 148 pages. D’ailleurs le petit livre n’est pas entièrement consacré à un récit chronologique de la vie de Lou mais présente également une sélection de lettres extraites de sa correspondance abandonnante avec de grands artistes et intellectuels de son temps.

Au final cet essai s’avère décevant à cause de cette concision qui aurait pu être intéressante si elle avait été structurée.

La chronologie des faits est assez aléatoire et nous impose de fréquents retours en arrière qui finissent par brouiller totalement la vue d’ensemble que le lecteur essaie de se construire sur le sujet.

Le style de Françoise Giroud est désinvolte et peu précis. Elle se permet de nombreux jugements personnels et ponctue le récit d’intempestives incursions , ce qui s’avère réellement polluant et désagréable :

« Cette soeur est, il faut le dire, une pure salope ! »

« Elle m’agace Lou quand elle joue les saintes femmes. Mais en vérité, quand on la lit bien et qu’on dépasse son fatras, ni la morale civile ni la morale religieuse n’ont à faire avec son jugement sur l’amour sexuel (…) »

Je n’évoquerais même pas cette pseudo « hypothèse » nouvelle que Françoise Giroud est censée nous présenter dans ce livre puisqu’en lieu et place d’un vrai argumentaire on trouve une vague idée balancée rapidement et sans la moindre preuve qui pourrait l’étayer de manière tangible. D’où peut-être la difficulté de l’auteur à justifier, dans les premières pages du livre, par des arguments valables, le fait d’écrire un énième livre sur un sujet déjà traité de manière exhaustive par d’autres avant elle. La bibliographie citée en fin d’ouvrage ayant l’air plus consistante que le livre lui-même…

Au final on sent l’auteur attirée par le personnage de Lou. Cette dernière semblant s’être plus illustrée par son tableau de chasse plus que par l’intelligence que tous ses amants lui prêtaient,  pour preuve : ses écrits n’ont pratiquement pas été traduits en français.

On nous assène la liste des illustres personnages qu’elle a fréquentés, on nous parle de grandes choses, de Liberté et d’Amour mais l’ensemble est traité trop sommairement pour pouvoir donner une quelconque résonance à ces idées.

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