Esprit d'hiver / Kasischke

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Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

Assez peu emballée en général par les sorties littéraires du moment, je préfère me consacrer aux romans déjà sortis en format poche, comme si le temps devait donner à un roman plus de légitimité dans l’histoire de la littérature. Et donc après en avoir fini avec A suspicious river, je n’ai pu m’empêcher de braver ces principes pour assouvir ma curiosité. Esprit d’hiver recoupe de nombreux éléments présents dans d’autres romans de l’auteur et en cela il n’est pas surprenant : La prédominance de l’hiver dans pratiquement tous les romans de Kasischke que j’ai lu (sauf peut-être La couronne verte qui a pour décor Cancun). Cette saison semble cristalliser toute la fascination de l’auteur. La couleur blanche, le côté matelassé de la neige qui absorbe les chocs et surtout le solitude à laquelle contraint le blizzard. L’espace clos, la scène délimitée dans l’espace est également un élément que l’on retrouve dans d’autres Kasischke dont En un monde parfait en particulier. Ici, tout ne se déroule qu’entre les quatre murs de la maison de Holly, le personnage principal, puisque cette dernière se voit assignée à résidence de force en raison du temps. Cet enfermement subi joue un grand rôle dans la sensation d’angoisse que crée avec patience Kasischke autour de circonstances qui n’auraient pas été si inquiétantes dans un autre contexte. De fait, le roman est introspectif à l’extrême et semble faire écho au désir ardent de la narratrice (auteur?) de se retrouver seule pour écrire et coucher sur le papier la pensée qui l’assaille au tout début du roman. Le roman lui-même vient constituer symboliquement la « chambre à soi » tant désirée et si nécessaire à l’écriture dont parle Virginia Woolf. Une belle occasion pour l’auteur de dire à travers son personnage la difficulté de la création littéraire (Kasischke est, tout comme son personnage, une poétesse) qui se voit perturbée par les obligations et tracas du quotidien. Cette solitude du personnage est encore aggravée par l’absence de l’homme/ mari/ père comme c’est également le cas dans En un monde parfait et A suspicious river où les héroïnes sont livrées à elles-mêmes après l’abandon ou le décès de la figure masculine. De même, la mère est souvent morte prématurément, dans ce roman comme dans ceux cités précédemment. Le personnage principal se remémore des souvenirs d’enfance et tente à travers la brume de la mémoire de comparer de loin l’adulte qu’elle est devenue à l’adulte qu’était sa mère pour tracer une filiation et s’y amarrer en quête d’identité. Pour ce qui est des différences avec les autres romans de Kasischke, je dois avouer avoir été déçue du côté de la langue. Le style n’est pas aussi travaillé que dans certains de ses romans les plus poétiques . J’ai été assez vite agacée par de trop nombreux accès accès naïfs qui sont marqués par de nombreuses questions rhétoriques bourrées de « n’est-ce pas » et de points d’exclamation plutôt agaçants. L’accent est mis ici sur l’intrigue plus que sur le style et je n’ai pas été déçue de ce point de vue là malgré quelques doutes au début. Je vous le conseille pour l’ambiance étouffante que sait si bien créer Kasischke et pour la construction de l’intrigue qui, une fois de plus, s’illustre pour son côté minimaliste et introspectif.

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