Dans la dèche à Paris et à Londres / Orwell

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A la fin des années 20, Orwell tombe brusquement dans la misère. A Paris puis à Londres, il découvre le quotidien des petits ouvriers et des laissées-pour-compte, tenaillés par la faim et rongés par l’alcool. Sans voyeurisme ni complaisance, il dresse un portrait vivant de ces habitués du mont-de-piété où l’espoir et l’infortune se livrent un duel épique.

Nous connaissons tous le sublime et inévitable 1984 d’Orwell. La ferme des animaux jouit également d’un petit succès mais nous restons cois quand il s’agit de citer d’autres œuvres d’Orwell qui auraient autant marqué les esprits en France. En parcourant les rayons de la Fnac, Hommage à la Catalogne est ce qu’on peut espérer trouver de plus exotique de l’auteur. Stupeur et tremblements quand je découvre que nombre de ses œuvres ne sont plus éditées. C’est la seule explication plausible que je trouve au fait que le titre Un peu d’air frais soit vendu la bagatelle de 43€, d’occasion et chez 10/18, sur le site de la Fnac ( ICI pour les sceptiques).

Il y a quelques années j’étais ainsi tombée par hasard sur un « nouveau roman » de l’auteur. Publié en 1935 il a fallu attendre 2007 pour la traduction française du roman Une fille de pasteur !

Ce dernier est d’ailleurs en grande partie alimenté par le parcours personnel d’Orwell, dont l’expérience de la pauvreté la plus crasse est la trame même de Dans la dèche à Paris et à Londres.

On y découvre avec un mélange d’effroi et de fascination le quotidien des petites gens qui triment parfois jusqu’à 18h par jour dans des conditions qui paraissent aujourd’hui insensées. C’était il y a à peine un siècle et le mode de vie de l’époque me semble aussi irréel et lointain que celui de la Grèce antique.

Des chambres miteuses infestées de punaises, aux coulisses des grands palaces parisiens dans les cuisines desquels ne prévalent aucunes notions d’hygiène en passant par les asiles de nuit où des centaines de vagabonds trouvent refuge chaque nuit, Orwell lève un pan du voile de décence qui recouvre toute cette misère pour nous en livrer, avec justesse et tolérance, les rouages quotidiens.

Au-delà du récit -que je trouve pour ma part relever d’une forme de génie, nous sommes immanquablement amenés à une réflexion sur la condition d’Orwell comme écrivain. Lire ce récit et savoir quels autres chefs d’œuvre a pu produire un homme ayant vécu dans de telles conditions me semble incroyable.

Je conseille ce livre pour deux raisons :

1) Pour l’invention de la non-fiction dans le roman. Orwell excelle dans ce style narratif qui a pour objet de retranscrire une réalité, sans souci d’invention. Comme si la réalité se suffisait à elle-même. D’où mon admiration pour un écrivain qui sait sublimer la narration du trivial et du répugnant.

2) Pour la lumière que cette œuvre jette sur la vie d’Orwell, nous incitant à réinterpréter son travail d’écrivain à l’aune du parcours chaotique qu’a été le sien.

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