La possibilité d'une île / Houellebecq

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En (très) bref :

La vision réaliste et sans fard de la vie d’un personnage ayant gagné la célébrité par ses sketchs acérés sur la société actuelle et ses dérives. L’analyse de ce récit par ses clones successifs, deux mille and plus tard, pour poursuivre la quête métaphysique concernant le sens de l’existence humaine initié par leur prédécesseur.

En (beaucoup) moins bref :

Daniel est un humoriste au regard acéré et sarcastique, la quarantaine fringante il s’achemine pourtant lentement vers les affres de la fin de vie, dans la solitude profonde que la société de la jeunesse impose à ceux dont la décrépitude lui est insupportable.

Dans une époque en avance de quelques années sur la nôtre, il nous raconte, dans une langue limpide, épurée et tranchante, son histoire, celle de sa carrière, de ses amours et porte un regard sans concession sur le monde qui l’entoure, dont la connaissance intime lui permet de tirer le meilleur parti. Opportuniste, égoïste, hédoniste et superficiel, Daniel se pose en observateur distancié des dérives de la société qui l’entoure quand il en est en en réalité la première victime.

Entrecoupé, ce récit est alterné avec le récit des successeurs de Daniel. Nés adultes à partir de l’ADN du Daniel original, ces Daniels numérotés racontent à leur tour et dans le même esprit ce qu’est leur vie deux mille ans après la mort de leur ancêtre, et quelle direction a pris l’humanité dans ce laps de temps.

Roman d’anticipation à deux niveaux, ce roman nous propose d’abord une projection de quelques années dans le temps à partir de la société actuelle. Le procédé consiste en grande partie à exacerber des tendances actuelles pour en faire des principes généraux. En ce sens Houellebecq fait preuve ici d’un grand sens de l’observation sur les manières de faire et d’être de demain en gestation. Qu’il s’agisse du sort réservé aux personnes âgées dans une société qui n’a plus de temps à leur accorder, de la misère sexuelle dans laquelle s’enfoncent inexorablement tous ceux qui ne satisfont plus aux exigences de jeunesse et de beauté ou de la perversion des thèmes de prédilection du grand public (gore, pornographie, racisme etc…), Houellebecq dote son personnage d’une acuité touchant aux questions les plus sensibles de notre époque, avec un regard acide tout à fait dans l’air du temps.

Daniel est à cet égard un personnage particulièrement réussi, je trouve. Déjà parce qu’il est doté d’une psychologie qui n’est pas figée mais qui évolue avec suffisamment de subtilité pour être convaincante . Ensuite parce qu’en le découvrant j’ai eu l’impression d’avoir accès à Houellebecq lui-même. C’est la même sensation que lorsque je vois un acteur incarner au cinéma un rôle en dehors duquel je ne l’imagine pas exister autrement. Le personnage me semble vrai, entier.

Ce roman est aussi l’occasion pour l’auteur de se livrer à une anticipation sur le long terme, exercice prisé des auteurs un peu imaginatifs (ou pessimistes, c’est selon). Imaginer l’humanité dans deux mille années au cours desquelles les hommes peuvent avoir trouvé des réponses à leurs angoisses les plus profondes comme ils peuvent avoir poursuivi avec férocité une voie largement ouverte par tout le potentiel encore inexploré de la toute-puissante science.

L’anticipation sur le long-terme me parait bien moins plausible et pas toujours cohérente sur le plan chronologique.

Ce qui se dessine nettement en filigrane est une réflexion métaphysique sur le sens de l’existence. De nombreuses réflexions et introspections explorent les moteurs de la volonté d’exister, de la poursuite du désir comme envie, à la recherche de l’amour ou de l’argent.

Deux contextes pour une quête métaphysique : Daniel vivant à notre époque, en proie aux problèmes que l’on connait tous. En balance Houellebecq place un néo-humain hypothétique, alimentant son corps par photosynthèse ce dernier n’a plus à s’inquiéter pour sa survie physique ni pour l’avenir, puisqu’à sa mort il sera remplacé par son clone, qui continuera à mener une existence simple, sans bas, ni haut. Quel peut donc bien être le sens de notre présence sur Terre au delà de toutes les considérations liées à la société et à la vie en communauté se questionne ainsi l’auteur.

Voilà peut-être qui explique une fin de roman décevante au premier abord. Elle donne la sensation de s’effilocher jusqu’à la mort du roman, à l’extrême opposé de ce que doit être la chute d’une nouvelle. Après réflexion j’y vois l’inévitable conclusion que tout être humain ne peut manquer d’apporter à la question de sa présence au monde : celle d’une incertitude insurmontable.

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2 réflexions au sujet de « La possibilité d'une île / Houellebecq »

  1. C’est le seul roman de Houellebecq que je n’ai pas trop aimé. Je trouve qu’il pousse (la science) un peu trop loin dans celui-ci, en plus de parler des raéliens… Bref, je te conseille beaucoup plus « Les particules élémentaires » si tu ne l’as pas lu.

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    1. Je suis justement allée faire un tour sur ton blog après cette lecture pour me fier à tes notes et appréciations et du coup j’ai plutôt acheté « extension du domaine de la lutte ». Il avait l’air intéressant et j’ai été surprise de voir qu’il ne contient que très peu de pages. (ce sur quoi je compte pour éviter les digressions soporifiques)

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