Le dîner / Herman Koch

diner

Décor : Un restaurant de luxe

Personnages : Paul et son frère Serge accompagnés de leurs femmes respectives, Claire et Babette

Occasion : Un dîner en famille

****

MENU

Apéritif

Mise en place du décor, de la scène, les personnages prennent position. Premières impressions.

OU

Cocktail maison de bienvenue

Entrée

Paul, le narrateur, fait entrer le lecteur dans une description plus approfondie des autres personnages. Une intrigue se profile. La tension s’insinue lentement dans ce qui semblait devoir être un banal événement.

OU

Potage aux mille banalités parsemé de ses miettes gourmandes d’antipathie

Plat

Le morceau central du roman. Si central qu’il finit par occulter le décor du restaurant et nous tire dans une chronologie d’événements passés.

OU

Bavette taillée avec animosité et ses petits légumes anciens. Sauce passé.

Dessert

Le décor est bien planté, l’intrigue qui a été développée s’épanouit pleinement et peut chercher une résolution.

OU

Moelleux des enfants et sa chantilly inévitable

Digestif

Le bouquet final

Le pourboire

Tout le monde rentre chez soi. Circulez il n’y a rien à voir.

****

Après la lecture de ce roman qui a, semble t-il,  connu un succès fulgurant dès sa sortie, je ne peux que saluer l’originalité de sa construction.

J’aime le rythme que les chapitres, nommés après les étapes que suivent d’ordinaire un dîner au restaurant, imposent.

La tension qui naît dès l’apéritif et se déploie tout au long du roman entre Paul et son frère, qu’il ne supporte plus, est plutôt bien gérée et rend rapidement l’ambiance suffocante.

L’irritabilité des uns et des autres finit par devenir insupportable, comme les frictions qui naîtraient d’un vieux couple devenu hostile et critique à force de promiscuité.

Le combat entre ce que les convenances autorisent à dire et ce que chacun pense en son for intérieur fait rage, et amène cette petite société qui dîne gentiment au restaurant à s’entretuer. D’autant plus que les enfants des deux couples sont rapidement impliqués dans l’action. Avec leur arrivée s’exacerbent alors les réactions primaires des parents touchés dans leur paternité.

De ce combat nait une violence inouïe, de celles que la société nous empêche d’exprimer, de celles qui nous envahissent pourtant si fréquemment au contact d’individus que nous ne supportons plus.

****

Un bémol, pourtant. Si la construction du roman est originale, les procédés narratifs employés sont eux parfois irritants.

Dès le départ le narrateur, Paul, joue le jeu de l’individualité et refuse de communiquer des détails sur des événements qu’il mentionne. S’enchaînent donc les « je ne préciserai pas ceci » ou « cela ne regarde que moi ».

Cela met le lecteur dans une position inconfortable d’incompréhension partielle ou totale qui l’oblige à continuer sa lecture bancale en attendant d’en savoir plus.

Le procédé devient assez rapidement agaçant au point d’instiller le doute dans l’esprit du lecteur : est-ce simplement un procédé de l’auteur qui vise à nous faire continuer la lecture ?

Est-ce l’auteur qui reste flou sur les détails pour ne pas avoir à s’embêter dans l’élaboration de faits crédibles ?

Et finalement, pourquoi avoir choisi une narration à la première personne, mettant un personnage en position de se confier, si ce dernier doit répéter tout au long du roman que, justement, il n’a pas envie de se confier ?

Une des questions que je n’ai pas réussi à élucider concernant ce roman est celle du caractère détestable de Paul et Claire.

Il m’est impossible de déterminer s’il s’agit là d’une volonté de l’auteur ou d’une réaction qui me serait propre, mais j’ai haï ces deux individus agressifs et suffisants.

Dénudés couche par couche au fur et à mesure que le repas avance, ces deux personnages finissent par ne plus ressembler qu’à des animaux à la fin du roman. Perdant leur vernis civilisé, je suppose, ils révèlent ce que l’âme humaine peut avoir de terrifiant et de bestial.

Cette lecture m’a laissé un goût malsain dans la bouche, probablement en partie parce qu’elle nous amène à réfléchir sur notre propre nature, et sur l’attitude que nous aurions adoptée dans des circonstances similaires à celles vécues par les personnages.

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