La contrevie / Roth

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Henry et Nathan Zuckerman sont frères. Le premier est un dentiste à la situation confortable, marié, père de trois enfants. Pour se donner le petit frisson de transgresser la norme il s’autorise quelques aventures extraconjugales.

Nathan est un romancier qui prend des notes sur les membres de son entourage, dans lesquelles il pioche ensuite allègrement pour nourrir son œuvre. De fait il a comme un don pour crisper ses proches dont la peur est de finir dans un de ses romans.

La quatrième de couverture nous promet :

Le roman d’hommes et de femmes qui réalisent leur rêve de prendre un nouveau départ et d’échapper au cours censément irréversible de la destinée – parfois au péril de leur vie.

Roth s’applique ainsi à faire et défaire la vie de ses personnages, les bringuebalant dans mille situations différentes selon qu’ils prennent une décision ou une autre.D’un chapitre à l’autre nous ne sommes donc pas à l’abri d’une résurrection ou d’une reconversion subite (et inattendue).

Construire une contre-vie, avec pour noyau dur un anti-mythe. Au fond il s’agit là d’une utopie fabuleuse, d’un manifeste, on ne peut plus radical et invraisemblable au départ, en faveur des facultés qu’a l’homme de se transformer à son gré.

Jusque là tout le monde suit. Sauf que les choses se compliquent nettement par la suite.

Le roman peut se lire à différents niveaux et ce sont ces interprétations multiples et diverses qui ont achevé de me perdre.

Nathan, personnage fictif supposé être écrivain s’improvise narrateur. Mais également auteur du roman dans lequel il apparaît lui-même. Dans la dernière moitié de La contrevie apparait le manuscrit du roman que l’on tient entre nos mains et le personnage qui le parcourt a même l’audace de nous annoncer les chapitres qui viennent ensuite. Des mises en abîme à l’intérieur de mises en abîme qui donnent la nausée…

Les personnages font de temps à autres une remarque sur leur condition de personnages de roman et, chose incroyable, remettent même en question la façon dont ils sont dépeints par l’auteur/narrateur/on-ne-sait-pas-qui.

« A lire « Terre chrétienne » j’ai été surprise par l’idée plutôt romantique qu’il se faisait de moi. Peut-être qu’on a toujours cette impression quand on se découvre dans un livre – quand on a écrit sur vous, quand on a fait de vous un personnage de roman. »

Ce que je retiens de ce roman c’est l’incertitude angoissante causée par la remise en question perpétuelle des fragiles connaissances que l’on essaie d’accumuler dès le début de la lecture. Les personnages modifient leur histoire, leur trajectoire mais aussi leur personnalité à volonté, ce qui achève de nous persuader qu’ils ne sont qu’objets entre les mains du romancier et que ce dernier a tout pouvoir sur la réalité qu’il construit (ou détruit).

On en sort avec l’idée agaçante qu’on ne peut être sûr de rien dans un roman, que tout n’est que vent, invention, recyclage des débris de la vie réelle, et ultimement, jeu sur la crédulité du lecteur.

Comment savoir le vrai du faux avec un écrivain ? Ces gens-là ne fantasment pas, ils imaginent, c’est toute la différence entre un exhibitionniste et un strip-teaseur. Vous faire croire ce qu’il voulait était sa raison d’être, peut-être même sa seule raison d’être. J’étais intriguée par la façon dont il transformait des événements, ou même de simples indices que j’avais pu lui donner sur les gens, pour en faire une réalité – sa réalité à lui, bien sûr. cette réinvention obsessionnelle était permanente; il fallait toujours que le virtuel prenne le pas sur le réel.

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2 réflexions au sujet de « La contrevie / Roth »

  1. Quand j’ai commencé à lire Roth, je ne l’aimais pas. Mais ensuite ses romans me restaient dans la tête et je me suis remis à les lire de nouveau. Et là, d’un coup, ils devenaient meilleurs. Certains comme « La tache », « Pastorale américaine », « J’ai épousé un communiste » et d’autres, je les ai relus plusieurs fois et chaque fois j’y vois quelque chose de nouveau. C’est un peu fou, mais comme je te le disais sur mon blog, ça m’a fait dire que cet auteur est vraiment un génie. Surtout pour « La tache », ça m’a pris plusieurs lectures pour découvrir que ce livre est en fait un thriller, un policier, le meilleur policier – et de loin – que j’ai lu, en plus d’être une foule d’autres choses de génial.

    Au plaisir de lire tes prochaines chroniques.

    Jimmy

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    1. Merci pour ton conseil qui me persuade de ne pas abandonner cet auteur. Je n’ai juste pas été emballée, peut-être n’était-ce pas le bon moment ou simplement que je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour cette lecture. J’attends en tous cas avec impatience ta chronique sur ce roman. Je pense que la multitude des niveaux d’interprétation ne manquera pas de te plaire.

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